L’Écriture seule
Sola Scriptura
- Auteur
- Michael HARDT
Source : Im Glauben Leben
1 - Question
2 Timothée 3:16-17 ne contredit-il pas le principe de “l’Écriture seule” ? Ce passage indique que l’Écriture est utile (et non pas : suffisante ou la seule source). Une boussole est utile pour la navigation, mais ce n’est pas le seul outil. De plus, Paul exhorte Timothée à s’en tenir à ce qu’il a appris d’autres personnes (v. 14) ! Cela met l’accent sur la tradition (transmission orale) en tant que fondement nécessaire. À cela s’ajoute le fait qu’à l’époque de la rédaction, le Nouveau Testament n’existait pas encore sous forme de livre. Le terme “Écriture” désigne donc ici l’Ancien Testament. Le principe “l’Écriture seule” exclurait donc ici le Nouveau Testament. Et encore une chose : la Bible elle-même ne précise pas quels livres en font partie. C’est l’Église qui a établi le canon. L’autorité de l’Église est donc présupposée pour qu’un texte puisse être reconnu comme “inspiré par Dieu”. L’Écriture ne fonctionne qu’en interaction avec la Tradition et le Magistère, c’est-à-dire avec une autorité extérieure à elle-même.
2 - Réponse
Il s’agit là d’un argument classique, souvent avancé d’un point de vue catholique ou orthodoxe contre le principe “Sola Scriptura” (“l’Écriture seule”). Cette formule, forgée par Luther, exprime le principe – tout à fait vrai – de la Réforme selon lequel la vérité est transmise par la Bible et ne peut ni ne doit être élargie ou modifiée par des ajouts, tels que la tradition ecclésiastique.
Le passage de 2 Timothée 3 ne contredit en rien le principe “Sola Scriptura”. Bien au contraire : il le renforce. C’est la Parole de Dieu qui fait autorité sur l’Église (l’assemblée), et non l’inverse.
En ce qui concerne les points évoqués en détail :
2.1 - Simplement utile (v. 16) ou aussi pleinement suffisante (v. 17) ?
On ne doit pas lire le verset 16 sans le verset 17. Paul écrit que le but de l’Écriture est que « l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli [ou : équipé] pour toute bonne œuvre ». Si l’Écriture rend quelqu’un “accompli” et “parfaitement accompli [ou : équipé]”, il ne lui manque rien. Un outil qui atteint pleinement son objectif est, par définition, suffisant.
2.2 - Concernant le verset 14 (tradition versus enseignement apostolique)
Paul renvoie Timothée à ce qu’il a appris – mais de qui ? En premier lieu de Paul lui-même, c’est-à-dire d’un apôtre : « sachant de qui tu les as apprises » (2 Tim. 3:14). Cela est également souligné par le verset 10 : « Mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine ». Il en va de même au chapitre 2 : « et les choses que tu as entendues de moi devant plusieurs témoins » (v. 2).
Bien sûr, Timothée avait également appris d’autres personnes. Le mot “de qui” est au pluriel, ce qui permet également de traduire : « puisque tu sais de quelles [personnes] tu as appris ». Mais là encore, il ne s’agissait pas d’opinions personnelles, mais de l’autorité de la Parole inspirée. C’est pourquoi Paul poursuit : « et que, dès l’enfance, tu connais les saintes lettres » (2 Tim. 3:15). La transmission de la Parole de Dieu s’est donc faite par différents canaux : par l’apôtre Paul tout comme par d’autres apôtres ou prophètes. Tous ont parlé, écrit et témoigné de la Parole de Dieu sous l’inspiration divine. Il en va de même pour les auteurs de l’Ancien Testament. Dans tous les cas, l’autorité résidait dans la Parole de Dieu. Personne n’a d’autorité sur la Parole de Dieu.
Les réformateurs n’ont jamais nié que la vérité ait été proclamée oralement. Mais : après la mort des apôtres, l’Écriture inspirée est devenue la seule norme vérifiable. Une “tradition” qui contredit l’enseignement écrit des apôtres est dépourvue de toute légitimité, précisément parce qu’elle contredit la Parole de Dieu. Les exemples sont nombreux : il suffit de penser à la papauté, à l’idée qu’un sacerdoce sert d’intermédiaire entre les “autres” croyants et Dieu, ou encore à la doctrine de la nouvelle naissance par le baptême, sans parler de la vénération des saints, voire des reliques.
2.3 - Concernant l’étendue des Écritures (Ancien Testament versus Nouveau Testament)
Les apôtres savaient que leurs propres épîtres et celles des autres apôtres faisaient autorité et l’ont expressément confirmé (cf. 2 Pi. 3:15-16, où Pierre considère déjà les épîtres de Paul parmi les “Écritures”, et 1 Tim. 5:18, où Paul reconnaît l’Évangile selon Luc comme “Écriture”). Le principe énoncé en 2 Timothée 3:15-16 est une caractéristique essentielle de la Parole de Dieu : dès que Dieu parle, cette Parole constitue la norme suprême. Cela vaut pour les 39 livres de l’Ancien Testament et s’applique tout autant aux 27 livres du Nouveau Testament.
2.4 - Sur l’autorité de l’Église et du canon
L’Écriture est “inspirée de Dieu” (et non pas simplement “influencée par Dieu”), car c’est Dieu qui l’a inspirée, et non parce que l’Église lui aurait conféré ce statut. L’Église n’a pas “créé” le canon. Ce sont plutôt les apôtres qui ont reconnu comme tels les livres faisant partie du canon. Les conciles d’Hippone et de Carthage (fin du IVe siècle) n’ont fait que confirmer cela face aux attaques venant “de droite comme de gauche”, et non, comme on l’affirme souvent, “l’ont établi avec autorité”.
Un bijoutier qui reconnaît un diamant comme authentique ne lui confère ni sa dureté ni sa valeur : la valeur réside dans la nature même de la pierre.
Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux.(Ps. 119:89)
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