Barzillaï, son service et sa récompense

Source : STEM Publishing (Bible Treasury, Volume 8, 1870, p.50)

1 - La fidélité est éprouvée en un temps de rejet

Quand le roi est fermement établi sur le trône, et qu’aucun rebelle ne se lève pour disputer son droit à l’occuper, il est assez facile de paraître loyal et de crier « vive le roi », avec la multitude. Mais quand la rébellion a fait de grandes avancées parmi les masses, et que le peuple ne révère plus le roi mais quelque aspirant au pouvoir et à l’honneur royal, le souverain, qui était encore récemment accueilli avec des acclamations où qu’il allait, découvre alors qui sont ses vrais amis, et fait la distinction entre le courtisan flatteur et le sujet loyal. Le jour du rejet du roi est le jour où le sujet se déclare lui-même. Il en fut ainsi pour le vieux Barzillaï et ceux qui étaient avec lui à Mahanaïm.

2 - La rébellion d’Absalom révèle les cœurs

Les masses d’une nation sont toujours versatiles. Celui qui est révéré un jour peut devenir l’objet de la haine du peuple le lendemain, et le bienfaiteur d’un peuple se trouver lui-même errer dans le pays même où il a régné. Telle fut l’expérience de David quand la rébellion d’Absalom éclata. « Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille » avaient chanté les femmes d’Israël quand ils revenaient du conflit avec les Philistins. Il avait connu ce que c’était que d’être l’homme qu’Israël se plaisait à honorer. Il avait reçu l’hommage des douze tribus d’Israël à Hébron, quand elles vinrent là pour l’oindre roi sur Israël. Maintenant il était rejeté ainsi qu’une compagnie qui lui restait fidèle, fuyant aussi de devant la face de son fils Absalom. Le guerrier et bienfaiteur de son pays, qu’il avait élevé à un sommet de gloire, de prospérité et d’influence jamais connu auparavant, était rejeté pour le fils du roi, remarquable pour rien si ce n’est pour son apparence personnelle, sa volonté débridée, et ses immenses pouvoirs de dissimulation. Absalom avait dérobé les cœurs des hommes d’Israël. Il est vrai que David avait gravement péché dans l’affaire de la femme d’Urie, et le meurtre froid d’Urie, son fidèle soldat. Mais de quoi Absalom pouvait-il se vanter si ce n’est le meurtre perfide de son frère aîné Amnon ? Dieu punissait maintenant David pour les péchés par lesquels il avait donné occasion aux ennemis de l’Éternel de blasphémer, et en même temps, testait la loyauté et la fidélité envers son oint de tous les fils d’Israël. Et quel fut le résultat ? Le roi avait fui Jérusalem, Shimhi, manifesté ce qu’il était quand il l’avait maudit, le peuple d’Israël, montré ce qu’ils étaient quand ils se furent rangés autour d’Absalom ; et David et ceux qui le suivaient avaient finalement traversé le Jourdain, et étaient ainsi sortis des vraies limites de la terre promise.

3 - Le dévouement volontaire de Barzillaï et de ses compagnons

À ce moment, alors que les perspectives de David étaient les plus sombres, Shobi, Makir et Barzillaï se déclarèrent de son côté, lorsqu’ils l’ont rencontré avec sa compagnie à Mahanaïm et ont apporté avec eux ce qu’ils pensaient être nécessaire. David ne leur avait pas ordonné de l’entretenir : aucune force supérieure ne les obligea à livrer ce qu’ils possédaient au roi. Ils apportèrent de leur propre chef les choses nécessaires à cette occasion. David était à Mahanaïm, mais Makir appartenait à Lodebar, et Barzillaï à Roguelim. La distance entre ces deux lieux et la ville lévitique, scène de la rencontre de Jacob avec les anges de Dieu, n’est pas certaine : mais ceci au moins est clair, que ces trois hommes ont fait des avances à David, et Barzillaï les surpassait apparemment tous en ce qu’il « avait entretenu le roi pendant qu’il habitait à Mahanaïm » (2 Sam. 19:32). À ce moment-là leur attitude fut très claire et des plus acceptables pour David, et nous pouvons sûrement ajouter, et pour l’Esprit de Dieu, qui s’est plu à la noter avec tant de détails ici.

4 - Les caractères de leur fidélité

4.1 - Une fidélité fondée sur l’Éternel, David était son Oint

Shobi était un Ammonite, le fils de Nakhash, l’ami de David, mais auparavant un ennemi d’Israël, défait à Jabès de Galaad par Saül. Il était aussi le frère d’Hanun, dont les armées d’Israël avaient pris la capitale, Rabba, et dont la couronne d’or ornait le front de David. Makir avait été un ferme ami de la famille de Saül quand David monta sur le trône ; Mephibosheth avait trouvé refuge dans la maison de Makir jusqu’à ce que les possessions de son père lui fussent restaurées par l’homme que son grand-père avait persécuté avec persistance. Nous ne lisons rien de l’histoire de Barzillaï. Ces trois, toutefois, qui avaient probablement suivi différents chemins, étaient maintenant unis pour secourir David et ses hommes. L’Ammonite et l’ami de la maison de Saül, s’allièrent à Barzillaï en ceci. Mais qu’est-ce qui les unissait de la sorte ? Que David méritât sa punition, tous les hommes devaient l’admettre. Était-ce seulement le fils de Jessé qu’ils voyaient ? N’était-ce pas plutôt l’oint de l’Éternel ? Le considérant comme tel, ils s’accordèrent pour lui montrer de la bonté.

4.2 - Une fidélité pleine de courage

Obligé par prudence de mettre le Jourdain entre lui-même et Absalom soutenu par les masses d’Israël, il reçoit au milieu de la défection générale les marques de loyauté réelles de ces trois hommes. Ils voyaient en lui l’oint de l’Éternel ; Absalom, l’idole du peuple n’avait aucun attrait pour eux. Ils ne s’arrêtèrent pas à penser à ce que les autres pourraient faire. Ils ne calculèrent pas les chances de succès, ni n’attendirent d’apprendre quel côté les apparences favoriseraient. S’ils avaient considéré le problème sous cette lumière, se seraient-ils attachés à David ? Les armées qui suivaient Absalom n’auraient-elles pas décidé de leur place en Israël ? La question était certainement toute simple pour eux : devaient-ils, ou non, se mettre du côté de l’oint de l’Éternel ? Cette question n’admettait pour eux qu’une seule réponse. En admettrait-elle une autre maintenant ? La prudence mondaine leur aurait conseillé d’attendre avant de s’engager aussi irrémédiablement qu’ils l’ont fait. Mais, avaient-ils tardé, toute opportunité de manifester leur loyauté et leur dévouement aurait passé. Pour eux, c’était maintenant ou jamais. La raison aurait suggéré d’autres considérations, peut-être une conférence avec les conducteurs du parti d’Absalom avant de faire ce pas hardi et d’occuper une place si prééminente. Ne devraient-ils pas écouter les deux partis avant de se positionner pour le roi fugitif ? Akithophel, le Guilonite, le conseiller de David, n’avait-il pas épousé la cause d’Absalom ? Israël ne considérait-il pas que son conseil fût comme si un homme s’était enquis de la parole de Dieu ? Opposeraient-ils leur sagesse à la sienne ? David, par ailleurs, n’avait-il pas déshonoré le trône, et perverti la source de la justice ? C’était vrai de l’homme David, mais il était l’oint de l’Éternel.

4.3 - Une fidélité généreuse et désintéressée

Ils ont alors pourvu à ses besoins et se sont mis ainsi ouvertement de son côté devant tous. C’était un acte noble de leur part ; tous ont dû le reconnaître. C’était aussi un acte juste, en accord avec les pensées de Dieu ; l’Esprit de Dieu s’est certainement plu à relever les marques de leur fidélité, selon qu’Il a rapporté les différents éléments de rafraîchissement ainsi fournis au roi et à ceux avec lui dans le désert. Ils « amenèrent des lits, et des bassins, et des vases en poterie, et du froment, et de l’orge, et de la farine, et du grain rôti, et des fèves, et des lentilles, et des grains rôtis, et du miel, et du caillé, et du menu bétail, et des fromages de vache, pour David et pour le peuple qui était avec lui, pour qu’ils en mangent, car ils dirent : Le peuple a faim, et il est fatigué, et il a soif dans le désert » (2 Samuel 17:28-29). Rien de ce que le peuple aurait pu avoir besoin ne semble avoir été oublié ; rien de ce qu’ils ont apporté n’a, semble-t-il, été oublié dans le récit.

5 - La victoire de David et la défaite d’Absalom

Les évènements se succédèrent. Absalom passa le Jourdain avec les armées d’Israël sous son commandement. L’issue de la bataille est bien connue. David devait être châtié, mais pas déposé. Il a été châtié, et maintenant le tour d’Absalom vient. Ce de quoi il s’était tellement enorgueilli devient le moyen de sa capture. Suspendu par ses cheveux entre le ciel et la terre, le fratricide, parricide et régicide en intention, reçut la due récompense de ses actes. C’est ainsi que se terminèrent la rébellion et l’exil temporaire de David. Les préparatifs sont maintenant faits pour son retour. Les tribus d’Israël en ont parlé, la tribu de Juda, dans un premier temps froide de cœur à son égard, puis stimulée par Tsadok et Abiathar, envoya dire : « Reviens, toi et tous tes serviteurs », « et tout le peuple de Juda, et aussi la moitié du peuple d’Israël, firent passer le roi » (2 Sam. 19:40).

6 - Les récompenses distribuées

Maintenant reconnu de nouveau par tous comme roi en Israël, David agit comme tel en disposant de la vie et des possessions de ses sujets. Il épargna la vie de Shimhi qui l’avait maudit, restaura à Mephibosheth dans une mesure les possessions de son père, octroyées hâtivement à Tsiba au jour de sa fuite, et offrit une récompense à Barzillaï. La vie pour Shimhi, les possessions dans le pays pour Mephibosheth, mais la proximité avec la personne du roi et l’entretien auprès de lui pour Barzillaï, furent ce qu’il mesura pour chacun. « Passe avec moi, et je t’entretiendrai auprès de moi à Jérusalem » (v. 33).

6.1 - L’invitation du roi à l’égard de Barzillaï

Barzillaï avait servi David au-delà du Jourdain ; David le voulait à côté de lui, pour contempler à toujours sa royauté, béni de la faveur de l’oint de l’Éternel. “Avec moi” – rien de moins – était ce qu’il désirait pour Barzillaï : avec lui-même, et à Jérusalem. Cette récompense était très à-propos. En-dehors de la terre de Canaan, ce fut la part et le devoir de Barzillaï de reconnaître et de servir le roi rejeté ; de nouveau au pouvoir et dans la terre, ce fut la part de David de récompenser son fidèle adhérent. Les paroles “avec moi” ne rappellent-elles pas celles du fils de David s’adressant à Son Père en présence de Ses disciples ? « Père, je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi » (Jean 17:24). Barzillaï pensa peu à l’honneur qui lui était réservé comme récompense de son service ; il en entendit quelque chose seulement après que ce service fut fait, et que le jour de récompenser ceux qui furent fidèles à David fut arrivé. Mais nous savons, pendant que le seigneur Jésus Christ est absent de la terre, rejeté par Son peuple Israël, et spécialement de Sa propre tribu Juda, ce que sera dans le futur le privilège et la bénédiction de tous ceux qui se seront mis de Son côté pendant le temps de son rejet du monde.

6.2 - La réponse de Barzillaï

Barzillaï oppose une objection à cette offre. Il n’avait pas travaillé pour quelque récompense en vue, aussi richement qu’il pouvait la mériter. Il avait pensé au roi dans son rejet, et avait fait ce qu’il pouvait pour le secourir ; il était venu aussi pour honorer David maintenant qu’il retournait à sa capitale ; mais d’être à la cour du roi n’était pas pour lui, car son âge lui interdisait la jouissance des plaisirs de la maison du roi. Quand David était dans le besoin au désert, l’âge de Barzillaï n’était pas un empêchement pour qu’il vienne en personne. Quand le roi devait retraverser le Jourdain, il ne laissa pas les infirmités de l’âge être une raison pour son absence. Il voulait témoigner sa joie au retour du roi, comme il avait montré son dévouement envers lui quand il était à Mahanaïm. Mais il sentait qu’il n’était pas approprié d’entreprendre d’aller à Jérusalem comme récompense de son service. Combien les hommes agissent-ils différemment en général, mettant en avant une excuse pour éviter de servir, mais s’emparant opportunément de la récompense ! Barzillaï n’était pas comme cela ; il avait d’abord pensé au roi et agi. Autant lui, et tout Israël, avait joui du confort sous le règne du roi, autant il n’est pas resté à la maison compter les bénédictions qu’il avait partagées ; il ne connut rien de la recherche de ses propres intérêts et de son aise, quand l’oint du Seigneur fut chassé de sa terre, et obligé de se réfugier au-delà du Jourdain.

6.3 - La demande de Barzillaï pour son fils Kimham

Quant à la récompense offerte, son fils Kimham pourrait accompagner David ; lui voulait rester et mourir au milieu de sa propre famille. La vieillesse, avec la perspective proche de la mort, s’opposèrent efficacement à l’accomplissement de la volonté du roi. « Ton serviteur passera pour peu [de temps] le Jourdain avec le roi ; et pourquoi le roi me donnerait-il cette récompense ? Que ton serviteur, je te prie, s’en retourne, afin que je meure dans ma ville, auprès du sépulcre de mon père et de ma mère ; et voici ton serviteur Kimham, il passera avec le roi, mon seigneur : fais-lui ce qui sera bon à tes yeux » (v. 36-37).

Qui pouvait refuser une si touchante demande ? Le roi répondit : « Kimham passera avec moi, et je lui ferai ce qui sera bon à tes yeux ; et tout ce que tu voudras de moi, je te le ferai ». « Fais-lui ce qui sera bon à tes yeux » avait été la prière de Barzillaï. « Je lui ferai ce qui sera bon à tes yeux » fut la promesse de David, allant au-delà de la modeste demande de son serviteur. Plus que ceci, il lui dit qu’il avait gagné l’oreille du roi. Quelle place à occuper ! L’honneur, la richesse ou le rang, ne sont rien en comparaison de ceci. David voulait qu’il soit avec le roi ; David lui assurait maintenant qu’il lui prêterait l’oreille. Ainsi, ils se séparèrent, mais pas avant que David ne l’embrasse et le bénisse, et cela du bon côté du Jourdain. Le fleuve avait été retraversé, le roi était de nouveau le souverain dans la terre de Canaan, quand il l’embrassa et le bénit. Tout Israël pouvait voir ce jour-là, qui le roi se plaisait à honorer. La multitude avait raison d’escorter de nouveau le roi David, mais Barzillaï avait fait ce que les autres n’avaient pas fait. Ceux-ci étaient autour du roi au jour de son retour ; Barzillaï avait été avec lui quand ils l’avaient chassé. Quelle différence entre eux et le serviteur dévoué de Roguelim !

7 - David n’a jamais oublié Barzillaï

En son temps Barzillaï mourut, et peut-être cette scène, et tout ce qui y était lié fut effacé depuis longtemps de la mémoire de beaucoup en Israël. Il y avait, cependant, un cœur dans lequel le souvenir du service de Barzillaï n’a jamais été effacé ; le roi ne l’a jamais oublié, et Salomon, son fils, n’a jamais cessé de s’en souvenir. Occupé après son retour, comme il l’était, avec de nombreuses questions importantes, David, jusqu’à son dernier souffle, a encore parlé de ce service à Mahanaïm, et a recommandé ses fils aux soins spéciaux de Salomon (1 Rois 2:7). Devant David et Salomon, types du Seigneur sur son trône, les fils de Barzillaï avaient une place, non distante, mais proche, car ils mangeaient le pain à la table du roi, et festoyaient dans la présence du roi. Alors que David vivait, ce service n’a jamais été oublié, et n’a pas sombré dans l’oubli quand Salomon régna. David comme roi lui avait attribué la place ; Salomon, qui monta sur le trône avant que David ne meure, fut responsable de la maintenir. Quant à Roboam nous ne lisons rien à ce sujet, car il n’était pas un type du Seigneur sur son trône, le caractère du règne de Salomon se poursuivant jusqu’à la fin. La fidélité envers l’oint de l’Éternel dans une période de défection générale ne devait jamais être oubliée, un tel dévouement ne restera jamais sans récompense.

7.1 - Le témoignage durable de la reconnaissance royale

Combien de temps le souvenir de tout ceci a-t-il duré, comme attesté par la récompense accordée au fils Kimham ? Il y eut un témoignage de l’approbation d’une telle conduite par le roi aussi longtemps que le royaume de Juda a duré. Car David a non seulement donné une place à Kimham devant lui, mais il lui assigna une portion dans la ville de naissance du roi. Dans la ville de la maison de son père une possession fut reconnue à Kimham (Jér. 41:17). Barzillaï était de la tribu de Gad, le fils aîné de Zilpa, servante de Léa, mais Kimham avait désormais une portion en Juda, le quatrième fils de la première épouse Léa. Et, jusqu’à ce que le royaume de Juda prît fin par la captivité de Babylone, la portion de Kimham à Bethléem fut un témoignage constant de la fidélité de Barzillaï, et de la reconnaissance de David envers lui.

8 - Servir Christ pendant son rejet aujourd’hui

L’application de toute cette histoire est simple, et nous comprenons la raison pour laquelle elle a été préservée. Si les points de ressemblance sont très évidents, les contrastes sont aussi marqués. David a été empêché par l’âge de Barzillaï d’agir comme il l’aurait voulu envers lui, et son action précipitée envers Mephibosheth nous montre que c’est un homme comme nous. Mais rien ne peut empêcher le Seigneur Jésus de récompenser comme Il le fera tous ceux qui l’ont suivi dans son rejet, et personne ne souffrira d’injustice en ce jour. Il les confessera devant son Père, et devant ses anges, et les saints célestes, qui L’auront servi pendant son absence, seront avec Lui en haut, comme les saints terrestres seront devant Lui, quand il régnera sur la maison de Jacob pour toujours. (Luc 12:8 ; Apoc. 3:5 ; Apoc. 7:15 ; Apoc. 14:1). Il aura reconnu qu’Il a été dans leurs pensées, ils seront devant Sa face quand Il prendra le pouvoir et régnera.