Le service pastoral au-delà de l’assemblée locale
- Auteur
- Arend REMMERS
Source : Périodique “Im Glauben leben”, août 2026
Et lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ(Éph. 4 :11-12).
1 - La nature des dons spirituels
Tous les dons de grâce, y compris ceux des pasteurs, sont accordés par le Christ glorifié, en tant que Chef du Corps, l’Église. Il ne s’agit pas de capacités naturelles de l’homme, mais de dons divins. Les capacités humaines peuvent toutefois être mises à profit (cf. Matt. 25:15). Les dons ne résultent pas d’une formation dans des écoles spécifiques, mais découlent de l’action souveraine de l’Esprit de Dieu. Ce ne sont pas les hommes qui peuvent habiliter à un ministère spirituel, ni même ordonner, mais uniquement le Seigneur, qui dirige tous ses serviteurs. Lui seul appelle ses serviteurs, et cela sera tôt ou tard reconnu par tout chrétien spirituel. Lorsque les dons de grâce sont exercés pour la gloire de Dieu ainsi que pour la bénédiction et l’édification spirituelle des croyants, il s’agit alors de “ministère”. Celui-ci doit s’accomplir chez tous les serviteurs sous la direction du Saint-Esprit. Tant l’exercice du ministère que ses résultats sont des “œuvres” qui émanent de Dieu, car Lui seul est la source de toute bénédiction. Ce n’est pas le serviteur qui est au centre, mais Dieu, « qui opère tout en tous » (cf. 1 Cor. 12:4-6).
Nulle part dans le Nouveau Testament il n’y a une énumération exhaustive de tous les dons de grâce (cf. Rom. 12:6-8 ; 1 Cor. 12:8-11 ; Éph. 4:11 ; 1 Pi. 4:10-11). Ce n’est qu’en Éphésiens 4 que les “pasteurs” sont expressément mentionnés – et ce, avant les enseignants (docteurs). En Romains 12:8, on trouve mention du ministère de “l’exhortation”, et en 1 Corinthiens 12:8, de “la parole de sagesse” (avant “la parole de connaissance”).
Il ressort de ces passages que le don de berger (pasteur) a une certaine préséance sur celui de docteur (enseignant). Les “bergers” sont mentionnés avant les “docteurs” et la “parole de sagesse” avant la “parole de connaissance”. La “parole de sagesse” désigne l’explication compréhensible des choses spirituelles telles que Dieu les voit, tandis que la “parole de connaissance” désigne l’exposé, accompagné de perspicacité, de ses pensées révélées. La première est la marque distinctive des bergers, la seconde celle des enseignants. Un véritable berger peut également toucher le cœur d’un croyant qui s’est égaré intérieurement, tandis qu’un enseignant s’adresse plutôt à ceux qui possèdent une certaine compréhension et souhaitent approfondir leurs connaissances.
2 - Qu’est-ce que le service pastoral ?
Ce n’est certainement pas un hasard si le ministère (service) pastoral nous est présenté dans le Nouveau Testament à trois niveaux. En premier lieu vient le Seigneur Jésus, qui dit de lui-même : « Je suis le bon berger » (cf. Jean 10). Il ne l’était pas seulement sur la terre, mais il l’est encore aujourd’hui et le sera à l’avenir en tant que “grand pasteur des brebis” ainsi qu’en tant que “souverain pasteur” ou berger suprême (Héb. 13:20 ; 1 Pi. 2:25 ; 5:4). Deuxièmement, Il donne des bergers en tant que dons pour l’ensemble du Corps, pour toute l’Église sur terre. Troisièmement, les anciens ou surveillants exercent un service pastoral limité à un lieu précis (Actes 20:28 ; 1 Pi. 5:2). Cela ne vous montre-t-il pas quelque chose de l’importance et du sérieux du ministère des bergers ?
Comme l’indique le mot “berger”, ce ministère consiste avant tout à prendre soin des âmes des croyants, qui sont considérés au sens figuré comme des brebis ou un troupeau – des expressions qui ne sont certes pas flatteuses, mais qui reflètent la vérité (cf. Actes 20:28-29 ; 1 Pi. 5:8-9 ; cf. Jean 10:16). Le Seigneur Jésus désigne les deux activités principales du ministère pastoral par les expressions “Pais mes agneaux” et “Sois berger de mes brebis” (Jean 21:15-17). La première tâche du berger consiste donc à paître les brebis, c’est-à-dire à leur fournir la nourriture spirituelle appropriée. Par “agneaux”, on entend les jeunes croyants, qui ont avant tout besoin d’une bonne nourriture spirituelle. La garde des brebis est une autre chose. Elle implique la vigilance, l’aide et, si nécessaire, la réprimande. Lorsque les agneaux et les brebis adultes sont bien nourris, la garde devient souvent superflue. La garde consiste, d’une part, à protéger contre les attaques extérieures, mais aussi, d’autre part, à prévenir les égarements et les actions de propre volonté, et, si nécessaire, à remettre les âmes sur le droit chemin.
Alors que le ministère d’enseignement s’exerce davantage en public, le ministère pastoral se déroule le plus souvent dans la sphère privée. Le deuxième voyage missionnaire de Paul et Barnabas s’ouvre par ces mots : « Et quelques jours après, Paul dit à Barnabas : Retournons maintenant visiter les frères par toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, [pour voir] comment ils vont » (Actes 15:36). Ce “voir comment ils vont” ne peut se réaliser dans le cadre public des rassemblements. Cela nécessite un cadre personnel, qui doit avant tout se situer dans les maisons des croyants. Plus tard, Paul évoque devant les anciens d’Éphèse son ministère, qui s’était déroulé “publiquement et dans les maisons” (Actes 20:20).
3 - La pratique
Le service pastoral étant avant tout un service individuel, il va presque de soi qu’il s’exerce au sein du petit cercle familial, au sein du couple ou à l’égard d’une seule personne. De la part du pasteur, on attend avant tout de l’amour, de la bonté et de la patience. Cela permet d’instaurer la confiance, qui constitue le fondement de la continuation du ministère.
Lorsqu’il s’agit de traiter un problème spirituel, le principe fondamental est de partir de l’enseignement de la Parole de Dieu. Le berger doit donc connaître et se fonder sur “le modèle des paroles saines” (2 Tim. 1:13). L’enseignement en soi est “sain” et peut apporter une aide aux frères et sœurs en difficulté spirituelle. Un ancien ou surveillant, qui exerce un service pastoral limité à un lieu précis, doit « tenir ferme la fidèle parole selon la doctrine, afin qu’il soit capable, tant d’exhorter par un sain enseignement, que de réfuter les contredisants » (Tite 1:9).
La première “mission” des bergers est de donner l’exemple (cf. Phil. 3:17 ; 1 Pi. 5:3). Dans les Écritures, le berger marche devant le troupeau qui le suit (Jean 10:4). Il conduit les agneaux et les brebis vers le pâturage où ils se rassasient. Cela signifie que les croyants reçoivent une nourriture spirituelle saine, dans laquelle la vérité est préservée dans l’amour. Philémon semble avoir été un véritable berger, comme le montrent les paroles suivantes de l’apôtre Paul : « Car nous avons une grande joie et une grande consolation dans ton amour, parce que les entrailles (cœurs) des saints sont rafraîchies par toi, frère » (Phm. 7). Ce verset est l’un des plus beaux “compliments” que l’on trouve dans le Nouveau Testament.
Les exhortations relatives au ministère pastoral vont encore plus loin en 1 Thessaloniciens 5:14 : « Or nous vous exhortons, frères : avertissez les déréglés, consolez ceux qui sont découragés, venez en aide aux faibles, usez de patience envers tous ». Même si ces exhortations se rapportent avant tout au service local, elles revêtent néanmoins un caractère qui s’applique de manière générale au ministère pastoral.
Personne ne devrait mépriser ce ministère pastoral. Malheureusement, on constate aujourd’hui que les visites de frères désireux d’exercer un ministère pastoral sont rejetées. Cette évolution peut conduire à une situation que le Seigneur Jésus décrit en ces termes : « comme des brebis qui n’ont pas de berger ». Cela l’a “ému de compassion” (Marc 6:34). Son attitude de cœur devrait servir de modèle à tout berger qui a à cœur le bien-être spirituel du troupeau du Christ.
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