Le service pastoral local

Source : Périodique “Im Glauben leben”, août 2026

Paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous. (1 Pi. 5:2)

1 - Principes fondamentaux

Dieu utilise l’image évocatrice d’un troupeau pour décrire ceux qui croient en Son Fils, Jésus-Christ. Il ne souhaite pas les voir comme des combattants solitaires, et encore moins comme des êtres isolés ou errants. À Ses yeux, ils forment un troupeau – et celui-ci ne doit pas être livré à lui-même, mais protégé. C’est pourquoi il est dit : « Prenez donc garde… à tout le troupeau » (Actes 20:28).

2 - Un appel pressant

Cet appel est tiré du discours d’adieu de l’apôtre Paul. Il a été prononcé vers la fin de son troisième voyage missionnaire. Paul était pressé. Il souhaitait se rendre en Syrie depuis la Macédoine (nord de la Grèce) et être à Jérusalem au plus tard pour la fête de la Pentecôte. En chemin, il passa par Éphèse, où il avait vécu et œuvré pendant trois ans. D’une part, il ne voulait pas simplement “ignorer” Éphèse ; d’autre part, rendre visite aux croyants de cette ville lui aurait pris trop de temps. C’est pourquoi il fit venir les anciens d’Éphèse à Milet afin de leur faire ses adieux (Actes 20:16-17). Cela montre à quel point il lui tenait à cœur d’exhorter ces anciens à prendre soin du troupeau de Dieu.

3 - Digression : qui sont les anciens et quel est leur rapport avec le service pastoral ?

Les anciens et les pasteurs ne sont pas la même chose. Il convient de distinguer la fonction d’ancien du don de pasteur, même si une même personne peut exercer ces deux tâches. Les dons sont des capacités spirituelles et – en particulier en Éphésiens 4 – désignent les personnes qui les possèdent. Ils ont été accordés par le Christ exalté et sont destinés à l’ensemble du Corps de Christ. En principe, ils exercent leur service auprès de tous les croyants, dès lors qu’ils en ont l’occasion.

Les anciens, en revanche, étaient des frères établis par les apôtres ou leurs délégués en raison de leurs qualités spirituelles et morales. Il s’agissait d’assurer la supervision des croyants dans un lieu donné. C’est pourquoi les anciens sont également appelés “surveillants” (Actes 20:17, 28 ; Tite 1:5, 7). Cette surveillance ne devait pas s’exercer de manière autoritaire ni dans un esprit de critique, mais dans l’amour. Le rôle de modèle est ici déterminant.

Ces anciens devaient être qualifiés – non pas par une formation profane, mais par des qualités morales et spirituelles (Tite 1 ; 1 Tim. 3). Ils étaient choisis et établis par les apôtres ou par leurs délégués directement mandatés à cet effet (Actes 14:23 ; Tite 1:5).

De tels anciens officiellement établis n’existent plus aujourd’hui – tout simplement parce qu’il n’y a plus d’apôtres ni de délégués mandatés par eux. Mais grâce au Seigneur, il existe encore aujourd’hui des frères qui répondent aux exigences bibliques d’un tel service. Dans la mesure où c’est le cas, ils possèdent une autorité spirituelle et morale.

L’exhortation « Prenez donc garde à tout le troupeau » montre que les anciens doivent exercer un ministère de pasteur là où ils se trouvent. Le charge (fonction) d’ancien comprend donc le service de pasteur. Cela vaut encore aujourd’hui.

4 - Le service de berger commence sur place (localement)

Les surveillants de l’assemblée d’Éphèse devaient prendre garde à tout le troupeau. Il n’y a qu’un seul troupeau de Christ, composé de tous les croyants (Jean 10:16). En Actes 20, cependant, c’est la manifestation locale de ce troupeau unique à Éphèse qui se présente aux anciens. Cela ressort clairement des mots suivants : « au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants ». À Éphèse, ils connaissaient les croyants ; c’est là qu’ils prenaient connaissance des défis et des problèmes qui existaient parmi les croyants, et c’est là qu’ils pouvaient être des modèles pour le troupeau.

Le don de pasteur est accordé pour l’ensemble du Corps de Christ. Néanmoins, son exercice concret commencera généralement là où le Seigneur a placé quelqu’un et où celui-ci connaît les croyants.

5 - La première étape

Paul mentionne une condition préalable importante au service pastoral local : avant de pouvoir veiller sur le troupeau, il faut veiller sur soi-même : « Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau ». La négligence à l’égard de son propre comportement nuit non seulement au rôle d’exemple de l’ancien, mais diminue également son autorité morale.

6 - Droit de propriété

Les anciens devaient prendre soin du troupeau et en assurer la surveillance. Mais cela ne signifiait en aucun cas qu’ils en avaient un droit de propriété. C’était le troupeau de Dieu : « … qu’il a acquise ». Un bon surveillant, tout comme un bon berger, ne cherche rien pour lui-même (ni sur le plan matériel, ni sur le plan immatériel, comme l’honneur ou la reconnaissance). Il ne cesse de se rappeler : c’est le troupeau de Dieu. Il ne s’agit pas d’imposer sa propre volonté, mais de faire en sorte que la volonté de Dieu soit accomplie. Les anciens d’Éphèse avaient été placés « au milieu du troupeau » en tant que surveillants (v. 28), et non au-dessus du troupeau.

7 - La valeur

La valeur d’une chose se mesure au prix qui en est payé. Ce prix est mentionné ici : « laquelle il a acquise par le sang de son propre [fils] ». Dieu a donné son Fils, et celui-ci s’est livré volontairement à la mort afin de posséder l’Église. L’expression “son propre” met en évidence la profondeur de la relation entre le Père et le Fils. La grande valeur de l’Église ne réside pas dans ce que nous sommes par nature, mais dans le fait que nous sommes unis au Fils de Dieu. La grande valeur du troupeau aux yeux de Dieu incite à veiller sur lui avec bienveillance et vigilance.

8 - Protection

Le service pastoral comporte deux aspects. Le premier concerne les “brebis” elles-mêmes. Elles pourraient s’égarer, s’éloigner du troupeau, se nourrir de mauvaise nourriture, etc. Il s’agit ici d’accompagner les croyants avec amour et de s’intéresser à leur situation ainsi qu’à ce qui les préoccupe, afin de pouvoir leur apporter une aide spirituelle ciblée (et avec la prudence nécessaire).

L’autre aspect concerne la protection contre les dangers. C’est ce qui est ici au premier plan : il existe des dangers extérieurs – des loups redoutables qui n’épargnent pas le troupeau. On peut penser ici aux faux docteurs. Ils propagent des opinions non bibliques. Les répercussions sur la vie spirituelle des croyants peuvent être dévastatrices. Contrairement à un “mercenaire” (homme à gages) qui, voyant venir le loup, s’enfuit, un bon berger s’interpose entre le loup et les brebis (Jean 10:12-15). Il ne laisse pas celles-ci être livrées sans défense aux dangers, mais les met en garde contre le danger et met le troupeau en sécurité.

Malheureusement, il existe aussi des dangers venant de l’intérieur : des hommes que l’on connaissait et en qui l’on avait peut-être confiance, mais qui soudain “se lèvent” et “annoncent des doctrines perverses” (Actes 20:30). À Éphèse, cet avertissement s’est réalisé. Paul écrivit plus tard à Timothée : « Comme je t’ai prié de rester à Éphèse … afin que tu ordonnes à certaines personnes de ne pas enseigner des doctrines étrangères » (1 Tim. 1:3).

À notre époque des médias électroniques, ces deux dangers sont bien plus grands : les loups venus de l’extérieur s’introduisent de façon inaperçue parmi les brebis via de nombreuses plateformes différentes, et les “hommes d’entre nous-mêmes” peuvent être influencés bien plus facilement par “toutes sortes d’enseignements”, les faire leurs, puis “se lever” et “annoncer des doctrines perverses”.

Paul voyait des nuages sombres à l’horizon. Il n’en a pas fait mention pour semer la peur. Son souci était de protéger les brebis.

9 - Ressources

Pour conclure, Paul cite des ressources. Celles-ci ne résident pas dans une succession apostolique ou une hiérarchie cléricale, mais en Dieu lui-même et dans « la parole de sa grâce » (Actes 20:32). Ce dont nous avons besoin, c’est de faire confiance à Dieu et de nous accrocher à sa Parole – en ayant conscience de la grâce qui nous apporte la force nécessaire dans chaque situation.

10 - Attitude intérieure

Les exhortations et les instructions adressées aux anciens s’inscrivent dans un récit où Paul rappelle comment il a lui-même vécu et exercé son ministère à Éphèse. Certes, il ne recherchait ni reconnaissance ni louanges, mais il souhaitait présenter l’attitude du cœur qui permet d’être utile au troupeau. Il établit explicitement le lien entre ces deux aspects au verset 31 : « C’est pourquoi veillez, vous souvenant que, durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun [de vous] avec larmes ».

Les points suivants en donnent une idée :

  • il a servi le Seigneur avec humilité et larmes (v. 19)
  • il n’a pas eu égard à lui-même, pas même à sa propre vie (v. 24)
  • n’a rien caché, mais a annoncé tout le conseil de Dieu (v. 27)
  • n’a rien recherché pour lui-même (v. 33-35)

Ces quelques réflexions ont pour but d’encourager et de redonner une motivation pour exercer un service pastoral, et à le faire dans une attitude qui gagne les cœurs et honore le Seigneur.