Études sur le livre de Ruth

Source : STEM Publishing

Plan du livre

  1. Bethléhem abandonnée pour Moab
  2. Retour à Bethléhem
  3. Ruth l’étrangère dans les champs de Boaz
  4. Ruth la suppliante aux pieds de Boaz
  5. Boaz devient le parent rédempteur
  6. Joie pour Naomi et renommée pour Boaz
  7. Aperçu typique du rétablissement final d’Israël
  8. Ruth vase de la miséricorde divine

Plan du livre en sept parties

  1. Ruth 1:1-5 : Pendant une famine, Élimélec et sa famille quittent Bethléhem pour le pays de Moab.
  2. Ruth 1:6-22 : Naomi retourne à Bethléhem, accompagnée de Ruth, sa belle-fille moabite.
  3. Ruth 2 : Pendant la moisson, Ruth glane dans les champs de Boaz, parent de Naomi.
  4. Ruth 3 : Sur la suggestion de Naomi, Ruth se rend à l’aire de battage de Boaz.
  5. Ruth 4:1-12 : Boaz rachète l’héritage et épouse Ruth.
  6. Ruth 4:13-17 : Ruth donne naissance à Obed, le grand-père de David.
  7. Ruth 4:18-22 : Généalogie de David, roi d’Israël, établie à partir de Pérets (Genèse 38:29).
  8. Ruth vase de la miséricorde divine

Introduction

À l’instar du livre d’Esther, le livre de Ruth est l’un des plus courts livres historiques de la Bible. Ces deux livres sont remarquables car ils sont les seuls, parmi les Écritures inspirées, à porter le nom d’une femme. Ruth était Moabite et Esther Juive ; toutes deux ont fait preuve de piété et de fidélité envers Dieu d’une manière inattendue et dans des circonstances exceptionnelles.

L’unique mention de Ruth dans le Nouveau Testament souligne l’importance de sa brève biographie dans l’Ancien Testament, car elle figure dans la généalogie de Jésus selon Matthieu (1:5). Le nom de Ruth n’apparaît pas dans les généalogies plus complètes du premier livre des Chroniques. Il réapparaît douze fois dans son propre livre, mais nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament ni dans le Nouveau Testament, si ce n’est dans cette unique mention (Matthieu 1:5) aux côtés de noms honorés par Dieu tels qu’Abraham, David, Salomon, Josias et Zorobabel. La grâce de Dieu a donc conféré à l’étrangère de Moab une place à part dans la lignée qui mène au roi David et se poursuit jusqu’à Jésus le Messie, le Roi des rois. Ce seul fait devrait susciter en nous un intérêt particulier pour l’étude du livre de Ruth.

Lien avec le livre des Juges

Le livre des Juges relate l’histoire des fils d’Israël au pays de Canaan après la mort de Josué, et illustre leur honteuse déchéance par rapport à la loi de l’Éternel. À plusieurs reprises, il est dit : « ils se sont rebellés contre les paroles de Dieu, et ont méprisé le conseil du Très-haut… » (Psaume 107:11). En guise de châtiment, Dieu permit à leurs ennemis de les opprimer, mais lorsqu’ils crièrent vers lui dans leur détresse, il suscita des juges qui les délivrèrent de leur servitude. Cependant, après chaque délivrance, le peuple oublia rapidement son Libérateur et retomba dans l’idolâtrie, imitant les cultes pervers et les pratiques immorales des nations païennes qui l’entouraient ou qui vivaient au milieu de lui. Cette histoire démontre clairement que les douze tribus ont totalement failli à leur devoir de témoigner du seul Dieu vivant et vrai face aux ténèbres profondes de l’idolâtrie qui régnaient en Canaan et dans les pays voisins (voir cette accusation solennelle en Juges 2:4-23).

Le lien historique entre le livre des Juges et celui de Ruth est établi dès sa première phrase : « Et, il arriva, au temps où les juges jugeaient » (Ruth 1:1). Le premier livre relate l’histoire de l’éloignement des douze tribus vis-à-vis de l’Éternel et des lois du Sinaï dès leur établissement en terre promise. Le second livre relate l’histoire d’une famille quittant la terre promise pour se réfugier au pays idolâtre de Moab. Le thème général du péché de la nation et du châtiment divin par la famine, déjà présent dans le livre des Juges, étant continué dans le livre de Ruth, ce dernier est souvent considéré comme son appendice.

Mais tandis que le livre des Juges présente le tableau sombre de l’apostasie d’Israël, Ruth et son histoire offrent des lueurs d’espoir quant à la grâce et la miséricorde de Dieu envers son peuple. Au cœur même du chaos national, Dieu œuvrait secrètement, providentiellement, pour l’accomplissement de sa promesse concernant la descendance d’Abraham, qui apporterait la bénédiction à toutes les nations de la terre. Ainsi, tandis que le livre de Ruth s’ouvre sur la fuite d’Élimélec du pays d’Emmanuel, il se termine par le nom de David, « l’homme selon le cœur de Dieu ».

Sans aucun doute, ce petit pan d’histoire personnelle mérite amplement la place à part qui lui est réservée dans le canon des Saintes Écritures. À ce sujet, un autre a écrit ce qui suit : « S’il ne fait aucun doute, à mon sens, que le livre de Ruth suit naturellement celui des Juges, il est tout aussi clair, me semble-t-il, qu’il constitue un livre à part entière, prélude naturel et, pourrait-on dire, nécessaire au livre de Samuel qui suit.

…

« De plus, ce récit revêt une importance capitale, car il prépare le terrain, non seulement pour David, mais aussi pour son Fils, plus grand encore. Cependant, il n’est aucunement lié au livre des Juges, aussi admirable soit-il, à la place que Dieu nous l’a donnée. Il ne fait partie ni du livre de Samuel, ni de celui des Juges, bien que, moralement, il constitue bien plus une préface au premier qu’un complément au second. En bref, c’est exactement ce que Dieu en a fait : une scène de transition tout à fait appropriée entre les deux, mais en réalité un livre à part entière ».

Dans le livre des Juges, l’histoire des juges et de leur domination s’achève avec la mort de Samson (chap. 16) et reprend dans le Premier Livre de Samuel avec les récits d’Éli et de Samuel, le dernier des juges (1 Samuel 7:15). Dans les derniers chapitres (17 à 21) du livre des Juges, aucun juge n’est mentionné. Ils relatent deux exemples effroyables d’idolâtrie et d’immoralité qui caractérisaient les Israélites après la mort de Josué, à savoir :

(1) L’idolâtrie de Michée (Juges 17-18) ;

(2) L’immoralité flagrante à Guibha (Juges 19-21).

Nous trouverons des preuves que ces choses honteuses se sont produites avant les événements relatés dans la première partie du livre. Il semble donc clair que l’histoire d’Othniel et de ses successeurs a été interrompue à ce moment (Juges 16:31) afin de présenter deux exemples flagrants, mais représentatifs, de la dégradation religieuse et morale de la nation rachetée, immédiatement après l’établissement des tribus dans la terre promise.

Que faire d’une génération aussi mauvaise et perverse ? La justice exigeait leur anéantissement total, mais Dieu se souvint de sa miséricorde et de sa promesse à Abraham. Le livre de Ruth suit immédiatement, apportant une assurance lumineuse et remarquable quant à la descendance promise. Les ténèbres et la désolation régnaient en Israël lorsqu’« il n’y avait point de roi » (Juges 17:6 ; 18:1 ; 19:1 ; 21:25), mais « le fils né de Naomi » (Ruth 4:17) fut l’ancêtre du Roi de l’Éternel, qu’il oindrait au temps fixé « sur Sion, la montagne de » sa « sainteté » (Psaume 2:6). Ainsi, dans les chapitres 17 à 21 du livre des Juges, le péché d’Israël est décrit avec force détails, tandis que dans le livre de Ruth, la grâce, la miséricorde et la fidélité de Dieu surabondent. Pour les hommes de foi, sa promesse fut confirmée par l’épisode saisissant de piété à Bethléhem. C’est là, en son temps, que le Christ lui-même devait naître.

La dégradation et le désordre ambiants

Pour étudier le livre de Ruth, il est utile de relever, dans les cinq derniers chapitres du livre des Juges, quelques-unes de leurs caractéristiques marquantes, qui révèlent manifestement l’apostasie et la dégradation régnant parmi les tribus.

Premièrement, la confusion s’était installée autour des choses concernant Dieu et son culte. Le récit indique que l’arche de l’alliance se trouvait à Béthel, tandis que le tabernacle de la congrégation, dont l’arche et le propitiatoire constituaient l’élément principal, se trouvait à Silo. Ce dernier lieu, situé au nord de Béthel (Juges 21:19), était l’endroit où Josué avait dressé le tabernacle (Josué 18:1 ; Psaume 78:60). De plus, il est dit qu’une fête annuelle en l’honneur de l’Éternel était célébrée à Silo (Juges 21:19). Pourtant, les fils d’Israël se rendirent à Béthel pour consulter Dieu auprès du grand sacrificateur Phinées, car « l’arche de l’alliance de Dieu s’y trouvait en ces jours-là » (Juges 20:18, 26, 27 ; « la maison de Dieu » désigne « Béthel » dans la version révisée et la nouvelle traduction des versets 18 et 26). Aucune raison n’est donnée quant à la présence de l’arche à Béthel et non dans le tabernacle de Silo, où elle se trouvait plus tard au temps d’Éli (1 Samuel 4:3-4). Cette grave irrégularité dans les rites sacrés n’était-elle pas un signe de l’anarchie qui régnait dans le pays ? Le commentaire de l’Esprit de Dieu à la fin de ce récit est le suivant : « En ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël ; chacun faisait ce qui était bon à ses yeux » (Juges 21:25).

De plus, la décadence s’était installée parmi les plus hauts responsables religieux de la nation. Par exemple, le Lévite renégat qui pratiquait le culte des idoles dans la maison de Michée n’était autre que Jonathan, l’un des petits-fils de Moïse (Juges 18:30, où la version révisée et la nouvelle traduction traduisent « Moïse » par « Manassé »).

Jonathan abandonna le Dieu de son grand-père, chef et législateur d’Israël, et encouragea le culte des idoles. Poussé apparemment par l’avarice et l’ambition, il instaura et établit la lignée de sacrificateurs idolâtres qui se perpétua dans la tribu de Dan pendant de nombreux siècles « jusqu’au jour de la captivité du pays » (Juges 18:30), c’est-à-dire jusqu’à ce que les dix tribus du nord soient emmenées par les Assyriens, environ six siècles plus tard (2 Rois 17). On se souviendra que lorsque l’usurpateur Jéroboam érigea les deux veaux d’or en dieux d’Israël, il en plaça un à Dan et l’autre à Béthel (1 Rois 12:28-30). L’influence subtile, pernicieuse et satanique de Dan sur les autres tribus semble transparaître dans la prophétie de Jacob mourant (Genèse 49:17), qui décrit Dan comme « un serpent sur le chemin, une vipère sur le sentier ». Cette influence néfaste est historiquement mentionnée pour la première fois avec l’installation de l’idole de Michée dans la ville de Dan (Juges 18:29-31). La corruption s’accrut sous les rois successifs d’Israël, jusqu’à ce qu’Amos, avant la captivité assyrienne, prophétise le jugement qui s’abattrait sur ceux « qui jurent par le péché de Samarie et qui disent : Dan, ton Dieu est vivant ! » (Amos 8:14). Le venin du serpent s’était alors répandu de Dan à travers tout le pays, et il était incurable. Or, à l’origine, un Lévite, petit-fils de Moïse, était le principal instigateur de cette idolâtrie !

Une fois encore, la prévalence de la corruption morale et de la violence physique parmi les fils d’Israël est illustrée par l’histoire de convoitise et de carnage relatée dans les trois derniers chapitres du livre des Juges (19-21). Un Lévite, accompagné de sa concubine originaire de Bethléhem, se rendait au temple de l’Éternel lorsqu’il fut mêlé aux mœurs dépravées des hommes de Guibha, dans la tribu de Benjamin. Les mœurs impures des hommes de Sodome étaient pratiquées à Guibha. Une guerre tribale sanglante s’ensuivit. Les fils de Benjamin, cette tribu féroce et bestiale (Genèse 49:27), défendirent les « mauvaises convoitises » des hommes de Guibha. Des dizaines de milliers d’hommes furent tués au combat, et la tribu du « petit Benjamin » fut presque exterminée. Cet épisode choquant est considéré dans l’Écriture comme le point de départ de la perversité nationale en Israël. À la fin de la monarchie, le prophète Osée rappela à la nation : « Israël, tu as péché depuis les jours de Guibha » (Osée 10:9).

Dans cette déchéance du peuple élu, qui sombra dans l’idolâtrie et l’infamie, semblable à celle attribuée à l’ensemble du monde païen en Romains 1:21-32, les sacrificateurs comme les Lévites semblent avoir été entraînés dans cette spirale. Il était vrai alors comme par la suite : « Et comme le peuple, ainsi sera le sacrificateur » (Osée 4:9 ; Ésaïe 24:2 ; Jérémie 5:31). Jadis, dans le désert, le zèle pieux de Phinées, petit-fils d’Aaron, fut manifesté avec ferveur par l’usage de sa pique lorsque l’immoralité généralisée menaça le camp d’Israël à Sittim. Le courage de sa foi, exprimé avec une détermination sans faille, « lui fut compté à justice, de génération en génération, pour toujours » (Nombres 25:7-8 ; Psaume 106:30-31).

Mais en Canaan, où il succéda à la charge de grand sacrificateur, l’ardeur de Phinées dans la lutte pour la justice aux frontières de Moab sembla s’éteindre après la mort de Josué. Bien qu’il fût désormais le représentant désigné pour se tenir entre Dieu et son peuple, il était impuissant à endiguer la propagation de l’idolâtrie et de l’iniquité dans le pays. Le sel avait perdu sa saveur. Ses remontrances, s’il y en eut, furent aussi vaines que les faibles protestations d’Éli, un grand sacrificateur postérieur, auprès de ses fils contre leur conduite scandaleuse aux portes mêmes du tabernacle de Silo (1 Samuel 2:22-25). Le sacerdoce était aussi corrompu que le peuple en général ; tous péchaient gravement contre Dieu et contre les hommes, sans en avoir honte.

L’intervention de l’Éternel

Par la désobéissance flagrante des tribus aux commandements de l’Éternel, Israël s’était attiré le courroux divin en Canaan, comme au pied du Sinaï, pour le même péché d’idolâtrie. Mais, comme alors, L’Éternel, dans sa juste indignation, a agi conformément à sa promesse et à son serment à Abraham. Il a suspendu son jugement et a de nouveau préfiguré, dans les scènes pieuses et paisibles du livre de Ruth, la venue du Sauveur et Rédempteur de son peuple.

Des préfigurations de la restauration d’Israël

Le récit familial contenu dans le livre de Ruth présente des analogies avec certains grands événements futurs de l’histoire nationale d’Israël. Dans ses quatre courts chapitres, les contours de ces événements sont nécessairement ténus et à une échelle réduite. Ici, comme toujours dans l’interprétation des Écritures, il faut craindre et éviter de laisser libre cours à son imagination. Mais l’œil de la foi qui se tourne vers le Christ, l’Espérance d’Israël, sera comblé et non déçu par le résultat, car ce passage, comme toute l’Écriture, lui rend un témoignage approprié.

Naomi, veuve et exilée de la terre promise, est une figure indéniable d’Israël aujourd’hui, encore sous la première alliance de la loi et toujours exilé de la terre promise. Ruth la Moabite préfigure le résidu d’Israël des derniers jours, selon la chair. Son origine païenne la rend d’autant plus apte à être une figure de la nation rétablie. Or, l’ancien peuple de Dieu se trouve dans la condition de « Lo-ammi » (Osée 1:9) et, à cause de ses péchés, est considéré comme un peuple païen ; mais finalement, il ne sera plus un paria, car, conformément à la prophétie, l’Éternel dira à Israël : « Tu es mon peuple » (Osée 2:23).

Boaz représente le Goel, le Rédempteur proche parent, qui restaurera l’héritage perdu. Christ lui-même, dans sa puissance de résurrection et son droit personnel, est préfiguré, assurant « les grâces assurées de David » (Actes 13:34) à son peuple terrestre. Le parent « plus proche » symbolise la loi de Dieu qui, bien que donnée à Israël par Moïse, n’apporta au peuple que condamnation et malédiction, et non rédemption.

Ces remarques ne donnent ici qu’un aperçu sommaire ; mais des détails plus approfondis de cet aspect symbolique apparaîtront dans les pages suivantes, lors de l’étude du livre de Ruth, passage par passage, sous cet angle. Il convient d’ajouter que ces études n’ont pas pour but de développer la doctrine de la rédemption telle qu’elle est révélée dans le Nouveau Testament, où, comme le lecteur le sait, ce sujet est traité amplement et plus en détail que dans les types, les prophéties ou les enseignements de l’Ancien Testament. Le livre de Ruth occupe une place particulière et précieuse dans la trame des Saintes Écritures ; et on le comprendra mieux lorsqu’on l’aura considéré sous cet angle.

A - Bethléhem abandonnée pour Moab (Ruth 1:1-5)

À cause de la famine, Élimélec et sa famille quittèrent Bethléhem de Juda pour le pays de Moab. Ce bref récit ne contient aucun commentaire critique sur ce changement de résidence. Ce silence indique que la signification spirituelle du voyage de cette famille doit être recherchée à la lumière d’autres passages des Écritures. C’est précisément l’objectif des présentes études que de rechercher cet éclairage sur l’enseignement que nous pouvons tirer de ce livre inspiré.

La famine dans le pays d’Israël

La mention de la famine dans le pays, dès la première phrase du livre, suggère la situation de déchéance du peuple élu. Pour eux, la famine n’était pas une simple fatalité, mais un signe de la colère divine. Le pays que l’Éternel avait donné aux fils d’Israël était « ruisselant de lait et de miel » : le lait provenant de troupeaux bien nourris et le miel d’une végétation luxuriante. Une menace de famine pour une terre si fertile impliquait que le châtiment divin s’était abattu sur les tribus pour avoir négligé son culte et transgressé ses lois. C’est pourquoi Dieu avait retenu la pluie, comme l’indiquaient les paroles de Moïse (Deutéronome 11:8-15). En tout cas, on lit ici : « Et il arriva, dans les jours où les juges jugeaient, qu’il y eut une famine dans le pays » (verset 1). Le fait matériel est énoncé, mais pas sa cause morale.

La date exacte de cette famine est inconnue. Elle survint durant la longue période où « les juges jugeaient », qui s’étendit de la mort de Josué (Josué 24:29-31) à l’instauration de la royauté, lorsque Israël rejeta l’Éternel comme roi et que Saül fut choisi par « la voix du peuple » pour régner (1 Samuel 8:7 ; Osée 13:11).

Le livre précédent montre que, sous la domination des juges, l’état religieux et civil des tribus d’Israël se dégrada de façon effroyable. Tant que Josué était avec le peuple, celui-ci servait l’Éternel ; mais lorsqu’il fut réuni auprès de ses pères avec la génération qui avait traversé le Jourdain, une autre génération se leva « qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’il avait faite pour Israël. Et les fils d’Israël firent ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, et servirent les Baals » (Juges 2:10-11). Durant toute la période où les juges exerçaient la justice, le peuple s’éloigna de plus en plus du culte de l’Éternel et de l’obéissance à ses statuts.

Avant leur entrée dans le pays, l’Éternel, par l’intermédiaire de son serviteur Moïse, insista auprès du peuple sur le fait qu’ils devaient lui témoigner un amour et une obéissance constants, de peur que le pays, pourtant fertile, ne soit frappé par la famine (Deutéronome 11:1-17). Dans ce passage imagé, Moïse décrivit le pays qui s’offrait à eux comme une terre d’abondance où ils pourraient « manger à satiété ». L’Éternel leur fournirait en son temps la pluie indispensable : la pluie de la première saison pour préparer le sol aux semailles d’automne et la pluie de la dernière saison pour faire gonfler le blé avant sa maturation et sa récolte.

Mais cette bienfaisance annuelle du ciel dépendait de leur propre conduite. Ils devaient obéir aux commandements de l’Éternel et l’aimer et le servir de tout leur cœur et de toute leur âme (versets 13, 14 ; voir aussi Lévitique 26:3-4). Dans le désert, la manne céleste, distribuée quotidiennement, n’avait jamais manqué malgré leurs murmures incessants et leur désobéissance. Mais au-delà du Jourdain, une moisson abondante les attendait, récompense de leur adoration, de leur amour et de leur obéissance à Dieu.

C’est pourquoi Moïse dit : « Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne soit séduit et que vous ne vous détourniez et ne serviez d’autres dieux… et que la colère de l’Éternel ne s’embrase contre vous, et qu’il ne ferme les cieux en sorte qu’il n’y ait pas de pluie, et que la terre ne donne pas son rapport et que vous périssiez rapidement de dessus ce bon pays que l’Éternel vous donne » (versets 16 et 17).

De ces passages et d’autres encore, nous apprenons qu’en Canaan, la famine était un instrument de châtiment utilisé par Dieu pour corriger son peuple. Lorsque son peuple élu tomba dans l’idolâtrie et l’immoralité, il ferma les cieux, comme dans le cas notable du règne d’Achab, où, à cause de son déplaisir, il n’y eut ni rosée ni pluie pendant trois ans et six mois (1 Rois 17:1 ; Jacques 5:17).

La fuite de la famille

L’émigration vers un pays plus fertile est une solution évidente pour échapper aux rigueurs de la famine. Cependant, elle n’est pas toujours couronnée de succès, ni toujours la meilleure option. Élimélec, avec sa femme et ses deux fils, quitta les champs temporairement arides de Bethléhem pour les terres plus fertiles de Moab (verset 1).

Élimélec avait-il, en toute conscience, une justification pour cette décision radicale ? Il a peut-être pensé trouver un précédent dans la vie de ses ancêtres, des hommes de foi. Qu’avaient-ils fait dans des circonstances similaires ? Lors de la première famine recensée dans le pays de Canaan (cf. Genèse 26:1), il est écrit : « Abram descendit en Égypte pour y séjourner » (Genèse 12:10) ; ces paroles trouvent un écho en Ruth 1:1. Une fois encore, Isaac chercha refuge contre la famine au pays des Philistins, une région proche de Canaan comme l’Égypte, à l’instar de Moab (Genèse 26:1). C’est aussi une famine longue et terrible qui contraignit Jacob et toute sa famille à descendre en Égypte pour y chercher du réconfort (Genèse 41:56 ; 47:4). Élimélec a peut-être pensé que ces exemples des patriarches faisaient écho à sa propre situation et justifiaient son voyage à Moab. N’avait-il pas les Écritures pour appuyer son projet ? Que lui fallait-il de plus ?

Mais un examen plus approfondi de l’histoire aurait certainement appris à Élimélec que ces incidents illustraient non pas l’intégrité, mais le laxisme des patriarches. Dans ces cas précis, leur conduite était à éviter, non à imiter. Car quelles conséquences désastreuses leur fuite honteuse pour échapper à la famine a-t-elle eues sur leur vie de foi et leur témoignage ! Ils gagnèrent de quoi se nourrir, mais perdirent leur réputation. Abram et Isaac mentirent tous deux au sujet de leurs épouses et furent publiquement couverts de honte par les réprimandes du Pharaon et d’Abimélec, qui les considéraient manifestement comme des hommes dont la parole n’était pas digne de confiance. Quel préjudice grave fut ainsi porté à leur témoignage au Dieu vivant et vrai, par opposition aux divinités trompeuses adorées dans les pays où ils avaient cherché refuge ! Quant à Jacob, combien les conséquences de son départ de la terre promise furent terribles ! Sa descendance devint esclave en Égypte et souffrit longuement et amèrement sous le joug du Pharaon, tandis que Dieu semblait silencieux et passif.

Non ; l’exemple des pères à cet égard n’était pas sans danger pour Élimélec. Certes, l’entrée des patriarches en terre promise était un acte de foi, agréable à Dieu, mais leur départ pour chercher de la nourriture relevait de la simple sagacité ou de l’opportunisme humain. En entrant en Canaan, ils obéirent à l’appel de Dieu ; en le quittant, ils suivirent leurs propres intérêts, ce qui les déshonora en tant que croyants.

Qu’Élimélec ait perçu, ou non, ces signes avant-coureurs dans la vie des pères, il prit le même risque qu’eux. Il quitta la terre sur laquelle l’Éternel avait promis de poser son regard constamment, « depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année » (Deutéronome 11:12). Il se rendit du pays de Juda au pays de Moab ; là, lui et ses deux fils moururent sans descendance, et son héritage en terre d’Israël s’éteignit.

La signification des noms

Dans l’Ancien Testament, tant dans l’histoire que dans les prophéties, les noms propres revêtent souvent une signification indéniable, offrant une clé pour comprendre l’enseignement moral et spirituel des passages où ils apparaissent. Dans bien des cas, leur signification n’est pas clairement définie et l’on risque de se laisser induire en erreur par une imagination fertile qui choisit ou invente une interprétation à sa convenance. Dans le livre de Ruth, cependant, la signification de certains noms est incontestable, ce qui éclaire et renforce la portée du récit dans son ensemble.

Élimélec signifie « Dieu le Roi » ou « Dieu est Roi ». Ce nom n’apparaît dans l’Écriture qu’à ce moment-là. Compte tenu de cette signification, il est frappant de lire, au dernier verset du livre précédent (Juges) : « En ces jours-là, il n’y avait point de roi en Israël. » Puis, dès le verset suivant (Ruth 1:1), un contraste significatif apparaît : Élimélec, un homme d’Israël, témoignait sans cesse par son nom que « Dieu est Roi », alors même que la nation tout entière rejetait l’autorité de Celui qui siégeait entre les chérubins dans le tabernacle.

Si sombre que puisse paraître le jour de l’apostasie, nous pouvons être certains que Dieu a ses porteurs de flambeau. Élimélec était de ceux qui portaient la lumière de la vérité en son nom. Quand Israël niait la souveraineté de Dieu et que « chacun faisait ce qui était bon à ses yeux » (Juges 21:25), cet homme de Bethléhem rappelait silencieusement à ses concitoyens que Dieu était « Roi en Jeshurun » (Deutéronome 33:5). Dans la tribu royale de Juda (Genèse 49:10), il se distingua comme un témoin honorable de la souveraineté de Dieu sur son peuple racheté, malgré l’idolâtrie, l’anarchie et l’individualisme qui y régnaient. « Élimélec » semblait un nom approprié pour cet homme au pays de Juda ; au pays de Moab, c’était assurément un nom inapproprié, car celui qui le portait avait abandonné le peuple de Dieu pour s’y installer.

Naomi, le nom de l’épouse d’Élimélec, tout comme le sien, n’apparaît nulle part ailleurs dans l’Écriture. Il semble signifier « douceur » ou « charme », en particulier cette grâce de caractère associée à la beauté spirituelle. Le psalmiste emploie ce terme lorsqu’il évoque la « beauté (douceur, grâce) de l’Éternel » (Psaume 27:4), et exprime de nouveau son désir que cette « beauté » rayonne sur son peuple (Psaume 90:17). On retrouve ce mot en Zacharie 11:7,10. Naomi (douceur) est également liée à la sagesse, car Salomon dit : « Ses voies sont des voies de douceur [agréables dans la version Darby] » (Proverbes 3:17). Ainsi, par son nom, la gracieuse, bonne et sage Naomi devait être une épouse idéale pour Élimélec ; unis, ils formaient un couple noble et admirable, puissants et agréables dans leur vie commune.

Makhlon et Kilion. Ces noms n’apparaissent nulle part ailleurs dans l’Écriture. De ce fait, leur signification exacte demeure obscure ; mais il est suffisamment clair qu’ils indiquent une dégradation par rapport aux qualités exceptionnelles suggérées par les noms des parents. Makhlon a été traduit de diverses manières : par exemple, « grande infirmité », « douloureux », « doux ». Kilion pourrait signifier « dévorant », « consomption » ou « dépérissement ». De toute évidence, le sens général de ces deux noms est que la faiblesse et le dépérissement caractérisaient les deux fils d’Élimélec. On constatait un déclin notable du statut familial.

Bethléhem de Juda

En Juges 17:7 et Juges 19:1, deux Lévites à la réputation sulfureuse sont associés à Bethléhem-Juda ; dans le livre de Ruth, ce lieu est la demeure d’Élimélec, puis celle de Boaz et Ruth. Cette petite ville ou ce village du sud de la Palestine présente un intérêt exceptionnel dans toute l’Écriture, principalement en raison de son lien avec la vie de David (elle est appelée « la ville de David », Luc 2:4), puis avec celle de son Fils et Seigneur. C’est ici, ainsi que dans quelques autres passages, qu’elle est nommée Bethléhem-Juda pour la distinguer d’une autre Bethléhem, située au nord de la Palestine, à l’ouest de Nazareth, et appartenant à une autre tribu, celle de Zabulon (Josué 19:15).

Michée utilisa un nom différent pour la ville de Juda. Il prophétisa que de « Bethléhem-Éphrata », bien que « petite parmi les milliers de Juda », sortirait Celui qui serait le Juge et le Souverain d’Israël (Michée 5:1-2). Éphrath était l’ancien nom de Bethléhem (Genèse 35:16, 19 ; Genèse 48:7), nom qu’elle portait à la mort de Rachel, mère de Joseph et Benjamin, ces deux fils étant des préfigurations de la souveraineté et du règne de notre Seigneur.

Bethléhem se situe à environ huit ou dix kilomètres au sud de Jérusalem, sur une crête montagneuse culminant à quelque 760 mètres d’altitude. La région est réputée pour ses champs de céréales, ses oliveraies et ses vignobles fertiles, ainsi que pour ses riches pâturages. Cette abondance pastorale se reflète dans ses deux noms : Éphrata signifie « fertilité », tandis que Bethléhem signifie « maison du pain ». Dans un pays d’abondance générale, Bethléhem était reconnue de tous comme étant particulièrement bénie de Dieu, avec des récoltes abondantes.

Comment alors Élimélec pouvait-il justifier son départ des champs fertiles de Bethléhem pour le pays idolâtre de Moab ? Si Dieu avait retenu sa pluie parce qu’il n’était pas honoré à Bethléhem, l’était-il davantage en Moab ? Assurément, la foi, au lieu de la fuite, aurait dit : « Puisque Dieu m’a donné, ainsi qu’à ma descendance, un héritage à Bethléhem pour toujours, je lui ferai confiance chaque jour pour subvenir aux besoins de ma famille, et je resterai ici jusqu’à ce qu’il me demande de partir. » Après tout, la famine lui offrait l’occasion de montrer sa foi en Dieu par ses œuvres (voir Jacques 2, 17-26) ; mais il a eu peur, et sa peur a causé sa perte.

Le pays de Moab

Dans la détresse de la famine, Élimélec, du haut des hauteurs de Bethléhem, a peut-être contemplé à l’est, par-delà la mer Morte, les montagnes de Moab, à une cinquantaine ou une soixantaine de kilomètres de là, et parmi elles le sommet du mont Nébo, d’où Moïse, peu de temps auparavant, avait contemplé la terre promise avant sa mort (Deutéronome 34:1-5). Quoi qu’il en soit, il conduisit sa famille vers ce territoire voisin pour y trouver nourriture et abri, ignorant la mauvaise réputation des Moabites dont il recherchait l’hospitalité. « et ils vinrent aux champs de Moab, et ils demeurèrent là » (Ruth 1:2).

Les deux nations sœurs, Moab et Ammon, sont connues comme « les fils de Lot » (Deutéronome 2:9) et sont issues d’une union incestueuse (Genèse 19:37-38). Elles ont toujours été des ennemis acharnés et implacables du peuple élu de Dieu, et font partie de la future grande confédération de nations qui se formera sous la puissance assyrienne renaissante pour anéantir les fils d’Israël et effacer leur nom de la surface de la terre (voir la prophétie du Psaume 83:4-8).

Moab manifesta cette hostilité envers Israël lors de sa traversée d’Égypte vers Canaan. Lorsque le peuple nomade atteignit les plaines de Moab (Nombres 22:1), le roi Balak engagea Balaam pour les détruire par ses malédictions (Josué 24:9-10). Ce complot ayant échoué grâce à la protection divine, d’autres moyens de nuire furent employés sur les conseils du prophète perfide. Le peuple fut incité à se soumettre à Baal-Peor et à se livrer aux rites lascifs des dieux de Moab ; des milliers d’entre eux périrent de la peste qui s’ensuivit. Ce fut une page sombre de l’histoire d’Israël, à laquelle les Écritures font de nombreuses allusions (Nombres 31:16 ; Nombres 25:1-5 ; Deutéronome 4:3 ; Psaume 106:28-30 ; Osée 9:10 ; 1 Corinthiens 10:8 ; Apocalypse 2:14).

Élimélec ne pouvait ignorer ce terrible épisode de l’histoire récente de son peuple. Pourtant, poussé par la famine, il alla séjourner chez les Moabites, un peuple païen qui avait même refusé de nourrir ses pères lorsqu’ils se trouvaient à leurs frontières. Face à leur hostilité manifeste, Dieu avait dit à son peuple : « Tu ne rechercheras jamais leur paix ni leur prospérité » (Deutéronome 23:4-6 ; Néhémie 13:2) ; et pourtant, Élimélec s’y rendit pour nourrir sa famille.

Misère en Moab

À deux reprises dans le livre des Proverbes, il est dit : « Il y a telle voie qui semble droite à un homme, mais des voies de mort en sont la fin » (Proverbes 14:12 ; Proverbes 16:25). Suivant son propre jugement, Élimélec choisit le chemin qui menait à Moab pour y trouver une nourriture périssable, mais c’est là qu’il trouva aussi sa tombe. « Et Élimélec, mari de Naomi, mourut ; et elle resta avec ses deux fils » (Ruth 1:3). La maison des Bethléhémites à Moab devint une maison de deuil. Là, Naomi pleurait la perte de l’époux qu’elle aimait et respectait. Là, Makhlon et Kilion perdirent à jamais la sagesse et la force que leur avait jusqu’alors apportées la protection paternelle.

Séjourner en Moab dut sembler à Élimélec la bonne voie à suivre ; mais avait-il d’abord cherché à connaître la volonté de Dieu ? A-t-il attendu d’entendre la voix de Dieu lui dire : « C’est ici le chemin, marchez-y » ? Il cherchait du pain, mais il aurait dû se souvenir des paroles de Moïse, récemment écrites : « que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel. » (Deutéronome 8:3). Il trouva sans doute du pain en Moab, car, comme Bethléhem, c’était un lieu de champs fertiles (Jérémie 48:31-33) et de vignes (Ésaïe 16:8-10), ainsi que de pâturages pour les troupeaux (2 Rois 3:4). Mais Élimélec n’avait aucune parole de Dieu justifiant sa présence en Moab ; et il y mourut. Par son acte indépendant, il contrastait avec notre Seigneur dans le désert de Judée, un homme affamé et dépendant, mais qui trouva sa nourriture dans la parole et la volonté de celui qui l’avait envoyé (Matthieu 4:1-4 ; cf. Jean 4:31-34).

Le deuil, cependant, ne contraignit pas Naomi, devenue veuve, et ses fils à retourner à Bethléhem. Ils s’installèrent en Moab ; et les fils « prirent des femmes moabites : le nom de l’une était Orpa, et le nom de la seconde, Ruth ; et ils habitèrent là environ dix ans » (Ruth 1:4). Makhlon et Kilion agissaient à leur guise et sous leur propre responsabilité. S’ils étaient venus en Moab sur l’ordre de leur père, ils avaient choisi leurs épouses de leur plein gré. Si l’intention de leur père était de « séjourner » en Moab (verset 1), ils décidèrent alors de rester indéfiniment au pays de l’idolâtrie. Ceux qui s’engagent sur une voie descendante accélèrent souvent leur rythme, presque inconsciemment.

Le mariage avec des nations idolâtres était interdit par la loi de Moïse (Deutéronome 7:3), et aucun Moabite n’était autorisé à entrer « dans la congrégation de l’Éternel, à jamais » (Deutéronome 23:3-4). Mais ces deux jeunes gens, peu pieux et obstinés, épousèrent Orpa et Ruth. Ils demeurèrent à Moab une dizaine d’années, et tous deux moururent sans enfants. Avec la mort des deux fils, le nom et l’héritage d’Élimélec disparurent. Dans cette famille de Bethléhem s’accomplit l’avertissement solennel que l’apôtre Paul écrivit bien plus tard : « Ne soyez pas séduits ; on ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Galates 6:7). « Et Makhlon et Kilion, eux deux aussi, moururent ; et la femme resta, [privée] de ses deux enfants et de son mari » (Ruth 1:5). Ainsi, Naomi devint veuve et sans enfant en terre étrangère !

B - Retour à Bethléhem (Ruth 1:6-22)

Naomi « avait entendu dire, au pays de Moab, que l’Éternel avait visité son peuple pour leur donner du pain » (Ruth 1:6). Fidèles à leurs noms respectifs, Bethléhem était redevenue « la maison du pain », et Juda « le pays de l’abondance et de la louange ». Après tant d’années, Naomi résolut de rebrousser chemin et, accompagnée de ses deux belles-filles veuves, elles « se mirent en chemin pour retourner dans le pays de Juda » (Ruth 1:7).

Mais rien n’indique que Naomi se soit repentie envers Dieu de son départ initial de Bethléhem. Sa première pensée, semblable à celle du fils prodigue, fut d’aller là où il y avait « du pain en abondance ».

Les trois veuves

En quittant Moab, la veuve aînée sentait que la situation de ses jeunes compagnes était bien différente de la sienne. Israélite, elle retournait au pays de sa naissance, à son héritage familial et à son Dieu. Mais Orpa et Ruth n’avaient pas cette perspective en Juda. Elles allaient en effet laisser derrière elles, en Moab, leurs proches, leur nation et leurs idoles. Naomi estimait qu’elle ne devait pas exiger d’elles qu’elles renoncent à leurs liens naturels avec Moab à cause d’elle ; elle poursuivrait seule son voyage vers Bethléhem. Aussi, Naomi leur conseilla-t-elle à chacune de retourner « dans la maison de sa mère », tout en invoquant la bénédiction de l’Éternel sur elles pour leur bonté envers elle et envers les défunts (Ruth 1:8-9).

Les jeunes veuves furent profondément touchées par les paroles bienveillantes et attentionnées de Naomi, et elles pleurèrent abondamment lorsqu’elle les embrassa. Elles protestèrent cependant fermement, affirmant être prêtes à l’accompagner à Bethléhem : « [Non], mais nous retournerons avec toi vers ton peuple » (versets 9 et 10). Mais Naomi avait tiré des leçons de sa propre expérience. Elle se souvenait sans doute de la décision imprudente de son défunt mari de quitter « la maison du pain » pour aller chercher du pain ailleurs, et elle se rappelait les conséquences malheureuses qui en avaient résulté. Quoi qu’il en soit, elle supplia ses belles-filles de ne pas faire un choix aussi hâtif. Elles ne retireraient aucun avantage terrestre à suivre une femme délaissée et abandonnée, comme elle l’était hélas. Elles ne devaient pas espérer un second mariage au sein de la maison d’Israël. De plus, ajouta Naomi d’un ton triste et quelque peu aigri, « je suis dans une plus grande amertume que vous, car la main de l’Éternel s’est étendue contre moi. » (Ruth 1:11-13).

Sans doute cette femme affligée parlait-elle avec altruisme, mais, considéré comme les paroles d’une personne professant la foi en l’Éternel, le Dieu d’Israël, son témoignage auprès des Moabites concernant sa providence immuable et sa bonté inlassable paraissait faible, voire mensonger. C’était une faiblesse de sa part, dix ans après son deuil, de souffrir encore de son chagrin. C’était une erreur de déclarer que la main de l’Éternel était contre elle. Sa main n’avait pas conduit la famille en Moab ; c’est de leur propre choix qu’ils se sont détournés du pays où sa main aurait préservé leurs âmes en vie pendant les jours de famine (voir Psaume 33:18-19).

Les paroles décourageantes de Naomi mirent à l’épreuve le cœur des jeunes femmes ; « Et elles élevèrent leur voix, et pleurèrent encore », cherchant dans leurs larmes un réconfort, comme le font souvent les femmes. Mais elles se trouvaient là, à la croisée des chemins, et devaient prendre une décision sans tarder. La franchise de Naomi les avait mises à rude épreuve. Devaient-elles renoncer à leur belle-mère ou à leurs propres mères ? Devaient-elles quitter le pays de Moab pour la terre d’Israël ? Devaient-elles se tourner vers l’Éternel, le Dieu de Naomi et de ses pères, ou continuer à servir les dieux de leur peuple et de leur enfance ? Chacune décida pour elle-même de son sort. « Orpa embrassa sa belle-mère, mais Ruth s’attacha à elle » (Ruth 1:14).

Le baiser d’Orpa était un adieu affectueux, empreint d’une considération sincère et respectueuse pour la mère de son mari, mais rien de plus. L’étreinte de Ruth exprimait une affection et un respect similaires, mais révélait aussi ce qui manquait à Orpa : un abandon total à une vie de foi future dans le Dieu vivant. Naomi, cependant, semblait douter de la sincérité de cette dernière et lui conseilla de nouveau de rester dans son pays natal, car elle dit à Ruth : « Voici, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ; retourne-t’en après ta belle-sœur » (Ruth 1:15). Mais ni l’affection fraternelle ni les conseils maternels ne purent ébranler sa détermination. Une force divine agissait en elle, secrètement mais irrésistiblement. Comme on l’a dit : « Si Orpa nous montre les sentiments de la nature, Ruth manifeste assurément la puissance de la grâce. »

La grande décision de Ruth

À la lumière de son parcours ultérieur et de sa détermination inébranlable à accompagner sa belle-mère, il semble certain que sa conscience et son cœur furent profondément touchés par une vérité divine qu’elle avait vue, entendue et qu’elle croyait vraie. Un profond malaise intérieur la poussait désormais à renoncer à ses idoles et à rechercher la grâce de l’Éternel, le Dieu vivant d’Israël. Mais elle craignait que les dissuasions répétées de Naomi ne la détournent de son dessein. C’est pourquoi Ruth répondit avec ferveur par son dévouement et sa détermination.

Ruth répondit : « Ne me prie pas de te laisser, pour que je m’en retourne d’avec toi ; car où tu iras, j’irai, et où tu demeureras, je demeurerai : ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. Là où tu mourras, je mourrai et j’y serai enterrée. » Cette déclaration solennelle fut confirmée par un serment : « Ainsi me fasse l’Éternel, et ainsi il y ajoute, si la mort [seule] ne me sépare de toi ! » La piété, la résolution et l’enthousiasme de ce discours convainquirent Naomi de l’intégrité et de la détermination de Ruth. « Naomi vit qu’elle était résolue d’aller avec elle, et elle cessa de lui parler. Et elles marchèrent les deux jusqu’à ce qu’elles arrivèrent à Bethléhem » (Ruth 1:16-19).

Les paroles courageuses et pieuses de Ruth témoignaient de son engagement en tant que véritable disciple de la vérité. Déjà dans son cœur, « la foi opérait par l’amour » (Galates 5:6). Le « bon fruit » de ses lèvres indiquait clairement que l’arbre était « bon », et non « corrompu » (cf. Matthieu 7:16-20). À l’instar d’Abram, le père de tous les croyants, Ruth quittait le pays des idoles pour la terre promise par l’Éternel. En effet, l’attachement pieux de cette jeune femme païenne envers une « mère en Israël » affligée aurait été un « ornement de grâce » même sur une femme aguerrie, tandis que ses expressions de dévouement intense envers Naomi peuvent être comparées à celles d’Itthaï le Guitthien envers David (2 Samuel 15:21), d’Élisée envers Élie (2 Rois 2:3-6), et de Simon Pierre envers notre Seigneur (Luc 22:33 ; Jean 13:37). En effet, en quittant son père et sa mère pour la vérité (2:11), Ruth portait l’une des marques qui, selon le Seigneur, distinguaient ses vrais disciples (Matthieu 10:37 ; Luc 14:26).

Avant de poursuivre, revenons sur le verset 14, où l’on lit qu’à l’inverse du départ d’Orpa, Ruth « s’attacha à elle (Naomi) ». Le mot « s’attacher » souligne l’abandon total de Ruth, par amour et fidélité, à sa nouvelle vocation. Elle se donnait sans réserve, partageant non seulement les biens matériels de sa belle-mère, mais aussi le culte de l’Éternel au pays de son peuple élu.

« S’attacher » est le terme employé par Dieu au commencement de l’humanité pour exprimer l’affection indéfectible et constante qu’un homme doit porter à l’épouse de son choix (Genèse 2:24) ; cet amour est si intime et unificateur qu’en s’unissant, « les deux seront une seule chair » (Éphésiens 5:31). De plus, l’attachement exprime l’obéissance d’amour et le service d’adoration qui doivent caractériser le peuple de Dieu. À six reprises, Moïse et Josué exhortèrent les fils d’Israël à s’attacher à l’Éternel, leur Dieu (Deutéronome 10:20 ; 11:22 ; 13:4 ; 30:20 ; Josué 22:5 ; 23:8). Il est donc significatif que, lorsqu’on relate la décision de Ruth de se rendre à Bethléhem, il soit dit qu’elle s’attache à Naomi. Son choix ne découlait pas d’un simple caprice d’amitié, mais d’une conviction profonde. Son regard était tourné vers le Dieu d’Israël plutôt que vers la mère de son défunt mari.

La langue amère de Naomi, ses mains vides, son âme affligée

Après plus de dix ans d’absence, Naomi revint à Bethléhem. Son arrivée, accompagnée de Ruth, l’étrangère moabite, suscita l’intérêt et la curiosité des habitants, dont beaucoup l’avaient probablement connue avant la grande famine, lorsque son défunt mari était, semble-t-il, une figure importante et influente de la ville. Ceux qui reconnurent Naomi furent stupéfaits de son changement. « Comme elles entraient dans Bethléhem, toute la ville s’émut à leur sujet ; et les [femmes] disaient : Est-ce là Naomi ? » (Ruth 1:19).

Dans sa réponse aux femmes, Naomi parla comme une femme malheureuse, désormais connue non plus comme la douce Naomi, mais comme Mara, l’amère. Elle exagéra ses propres peines et épreuves, sans dire un mot pour remercier l’Éternel de l’avoir ramenée saine et sauve dans sa terre natale, auprès de sa famille et dans sa ville. Quel qu’ait été son témoignage pour Dieu au pays de Moab, il était bien faible lorsqu’elle se retrouva sur le seuil de sa maison. Pensant sans doute encore à son triple deuil, ainsi qu’à d’autres griefs, elle accusa « follement » le Tout-Puissant de l’avoir traitée avec cruauté et l’Éternel de l’avoir ramenée les mains vides et accablée. Elle dit aux femmes : « Ne m’appelez pas Naomi, appelez-moi Mara ; car le Tout-puissant m’a remplie d’amertume. Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide. Pourquoi m’appelez-vous Naomi, quand l’Éternel m’a abattue, et que le Tout-puissant m’a affligée ? » (Ruth 1:20-21). Tels étaient les étranges reproches adressés à Dieu par une femme de foi !

Début de la moisson de l’orge à Bethléhem

Mais si le cœur de Naomi était sombre et triste, une mélodie de joie résonnait dans le pays où le Tout-Puissant était le Bouclier et l’Éternel le Soleil. Les champs de Bethléhem exultaient des bienfaits des premières récoltes mûres pour les moissonneurs : « Car voici, l’hiver est passé, la pluie a cessé, elle s’en est allée ; les fleurs paraissent sur la terre, la saison des chants est arrivée, » (Cantique des Cantiques 2:11-12). L’Éternel bénissait d’une fertilité renouvelée la terre qu’il avait choisie parmi toutes les autres pour être appelée sa terre.

L’orge mûrissait tôt, et bien avant le blé, en Canaan comme en Égypte (Exode 9:31-32). Dans les vallées abritées de Bethléhem, l’orge était généralement mûre et prête pour la moisson dès les premières semaines de Nisan (mars-avril), premier mois sacré de l’année pour le jeune peuple d’Israël (voir Exode 12:2). C’était aussi le temps prescrit pour l’offrande à Dieu des prémices de la récolte (Lévitique 23:9-14). Conformément à la loi de Moïse, les Bethléhémites pieux, à l’époque de l’arrivée de Naomi, auraient apporté leur gerbe des prémices de l’orge au sacrificateur en offrande tournoyée à l’Éternel. Mais Naomi n’avait rien à offrir. Elle était revenue, comme elle le disait, « à vide ». Elle confessait être la plus pauvre des pauvres en Israël.

Pourtant, Naomi, qui s’était un temps égarée, était revenue à Bethléhem au début de la nouvelle année. Le mois de Nisan lui portait un message d’espoir. La morosité de son hiver était passée ; une vie et une fertilité nouvelles s’offraient à elle, si seulement elle le savait. Mara, l’amère, la morose, la veuve pauvre et sans enfant, allait bientôt trouver la joie de l’abondance autour d’elle et en elle, et redeviendrait Naomi, la douce, à Bethléhem, « la maison du pain ».

Le ciel a toujours pour coutume de réjouir les enfants prodigues repentants qui reviennent ; c’est pourquoi des joies inattendues attendaient Naomi à Bethléhem. Bientôt, le cœur de l’épouse et mère éplorée chanterait de joie (Job 29:13), car l’Éternel lui donnerait un enfant qui avait droit à la rédemption, afin que son héritage ne soit pas perdu (Ruth 4:14-15). L’Éternel, béni soit son nom, donnerait aussi un fils à la veuve inconsolable (Ruth 4:17), et son nom serait célèbre en Israël. Celle qui était revenue le cœur et les mains vides les verrait comblés de joies inattendues et de bénédictions imméritées. De plus, elle allait trouver un réconfort et une récompense durables auprès de Ruth la Moabite qui « s’est attachée à elle » aux frontières de Moab, et qui s’est avérée, comme les femmes de Bethléhem l’ont dit plus tard (Ruth 4:15), être meilleure pour la veuve sans enfant que sept fils.

C - Ruth l’étrangère dans les champs de Boaz (Ruth 2)

La foi a conduit Naomi, la pauvre, et Ruth, l’étrangère, à Bethléhem, la maison du pain de l’Éternel. Toutes deux partageaient le sentiment du fils prodigue de la parabole : s’attarder dans le « pays éloigné » de Moab, c’était « périr de faim », tandis que dans la terre du Dieu de Naomi, il y avait « du pain en abondance », de quoi nourrir l’âme autant que le corps. La terre promise par Dieu doit être une terre d’abondance, où les pauvres ne sont jamais oubliés, mais toujours nourris.

Avant que le peuple d’Israël n’entre en Canaan, l’Éternel, par l’intermédiaire de son serviteur Moïse, leur a donné un ensemble complet de règles concernant leur conduite religieuse et sociale une fois établis. Parmi leurs devoirs, il leur a été enjoint de prendre soin des pauvres (Deutéronome 15:7-11), et en particulier des veuves et des orphelins (Deutéronome 24:19). Il fut enjoint aux propriétaires terriens d’Israël de ne pas oublier les besoins des pauvres, surtout au moment des moissons, mais de leur permettre de partager les bienfaits que le Dieu du ciel accordait. Une clause particulière à cet effet fut ajoutée aux instructions de l’Éternel concernant la célébration annuelle de la « fête des Semaines », au cours de laquelle l’offrande volontaire devait lui être présentée selon les bénédictions qu’il leur avait accordées (Deutéronome 16:10). Les fils d’Israël devaient alors apporter devant lui, avec leurs sacrifices d’animaux, « le pain des prémices en offrande tournoyée ». Mais il fut ajouté : « Tu n’achèveras pas de moissonner les coins de ton champ, et tu ne glaneras pas la glanure de ta moisson ; tu les laisseras pour le pauvre et pour l’étranger. » (Lévitique 23:22). Voir aussi Lévitique 19:9. On retrouve une combinaison similaire d’action de grâce envers Dieu et de dons aux nécessiteux dans le Nouveau Testament (Hébreux 13:15-16) ; notre culte sera incomplet et inacceptable s’il manque l’un ou l’autre.

L’Éternel désirait développer un esprit de miséricorde chez son peuple. En le pratiquant, ils seraient bénis et obtiendraient une miséricorde encore plus grande (Matthieu 5:7). La nation devait se souvenir de la bonté de Dieu envers elle lorsqu’elle était étrangère et esclave en Égypte (Exode 22:21). Elle devait donc manifester sa bonté envers tout étranger parmi elle en lui permettant de glaner dans ses champs et ses vignes, en veillant à ce que les moissonneurs laissent une part spécialement pour les glaneurs. Bien que ces étrangers ne fussent pas de la descendance d’Abraham selon la chair et qu’ils n’aient participé ni aux labours, ni aux semailles, ni à la moisson, ils ne devaient pas être privés des bienfaits de Dieu au temps de la récolte.

Ce commandement de l’Éternel concernant le pauvre et l’étranger était inscrit dans le livre des lois d’Israël. Conformément à ses termes généreux, Naomi et Ruth trouvèrent à Bethléhem de quoi se nourrir immédiatement, et reçurent également des faveurs divines bien plus surprenantes et nombreuses qu’elles n’auraient pu l’imaginer. Seule la miséricorde infinie de l’Éternel pouvait lier ces deux veuves, par leur généalogie, au Messie promis d’Israël. Leur entrée humble à Bethléhem, en obéissance de foi, fut le premier pas vers cette fin inattendue.

Alors qu’elle allait glaner, Ruth arriva au champ de Boaz

Aux prises avec une grande précarité, les deux femmes sollicitèrent l’aide de la loi nationale sur les pauvres. Cependant, ce ne fut pas Naomi, l’aînée, une « mère en Israël » de naissance et d’éducation, qui prit l’initiative, mais Ruth, la plus jeune, convertie du culte des idoles au service de l’Éternel. La moisson de l’orge ayant commencé, elle se porta volontaire, bien qu’étrangère à Bethléhem, pour glaner dans les champs. Sa belle-mère accepta.

Or, Naomi avait de riches parents du côté de son mari, qui, contrairement à elle, n’avaient apparemment pas émigré de Bethléhem à cause de la famine. Ils étaient restés sur place, avaient été préservés et avaient prospéré. L’un d’eux, nommé Boaz, avait acquis une grande influence à Bethléhem. « Et Naomi avait un ami de son mari, homme puissant [et] riche, de la famille d’Élimélec, et son nom était Boaz » (Ruth 2:1). Pourtant, Naomi, bien que dans le besoin, n’avait sollicité aucune faveur auprès de ses proches, pas même auprès de Boaz. Les pauvres s’accrochent souvent à leur fierté jusqu’au bout.

De même, il semble que Ruth, en partant glaner, n’ait pas eu l’intention de se rendre dans le champ de Boaz, le parent de sa belle-mère. Tôt le matin, elle s’en alla humblement, comme une étrangère pauvre, ramasser sa part de grains là où l’occasion se présentait, non sans la ferme conviction que le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel elle était venue se réfugier, la guiderait et la protégerait. Ruth la Moabite dit à Naomi : « Je te prie, j’irai aux champs, et je glanerai parmi les épis, à la suite de celui aux yeux duquel je trouverai grâce. » Naomi lui répondit : « Va, ma fille. » Ruth « s’en alla, et entra, et glana dans un champ après les moissonneurs ; et il se rencontra fortuitement que c’était la portion de champ de Boaz, qui était de la famille d’Élimélec » (Ruth 2:2-3). En apparence, Ruth choisit le champ de Boaz « fortuitement », mais selon la foi, c’est par la volonté et la direction de Dieu qu’elle se rendit dans le champ d’un homme pieux et bienveillant, parent par alliance de sa belle-mère, et auprès duquel elle trouva rapidement grâce.

Le premier jour de glanage de Ruth

Le nom du parent de Naomi, Boaz, signifie « colonne » ou « en lui est la force ». L’une des deux colonnes du portique du temple de Salomon s’appelait « Boaz » (1 Rois 7:21). Boaz, l’homme fort de Bethléhem, est également décrit comme « un homme puissant et riche » (2:1). La même expression est appliquée à Gédéon et à Jephté, mais dans ces cas-là, elle est traduite par « fort et vaillant homme » (Juges 6:12 ; Juges 11:1), le courage et le leadership étant des qualités essentielles à leur service pour Dieu. Ici, en référence à Boaz, le terme « richesse » est employé comme en Deutéronome 8:17-18, où il désigne les biens personnels donnés par Dieu dans le pays, tels que les belles maisons, les troupeaux, l’argent et l’or, mentionnés aux versets 1, 12, et 13. Pour l’Israélite pieux, la « richesse » était un signe de la bénédiction de l’Éternel qui « enrichit, et il n’y ajoute aucune peine » (Proverbes 10:22).

Boaz était donc un homme pieux, aisé et respecté à Bethléhem, dont le caractère moral et spirituel avait été fortifié, et non corrompu, par ses richesses. Il était courtois, prévenant et généreux envers les pauvres. Ses paroles et ses actes, tels que rapportés, témoignent de sa foi profonde en Dieu ; et c’est là que résidait le secret de sa force. « Et voici, Boaz vint de Bethléhem ; et il dit aux moissonneurs : L’Éternel soit avec vous ! Et ils lui dirent : L’Éternel te bénisse ! » (Ruth 2:4).

Comme à son habitude, Boaz s’intéressait personnellement au bien-être de tous les ouvriers. Remarquant la nouvelle venue, il se renseigna à son sujet auprès du surveillant, qui la décrivit comme une jeune Moabite : « Et Boaz dit à son serviteur qui était établi sur les moissonneurs : À qui est cette jeune femme ? Et le serviteur qui était établi sur les moissonneurs répondit et dit : C’est la jeune Moabite qui est revenue avec Naomi des champs de Moab ; et elle [nous] a dit : Permettez que je glane et que je ramasse entre les gerbes, après les moissonneurs. Et elle est venue, et est demeurée depuis le matin jusqu’à cette heure ; ce qu’elle a été assise dans la maison est peu de chose » (Ruth 2:5-7). La « maison » était un abri temporaire où les ouvriers pouvaient se reposer un moment de la forte chaleur.

En tant qu’étrangère, Ruth était sans doute timide et réservée. Boaz s’adressa à elle avec des paroles amicales, encourageantes et bienveillantes, lui parlant comme un aîné plutôt que comme un maître. « Et Boaz dit à Ruth : Tu entends, n’est-ce pas, ma fille ? ne va pas glaner dans un autre champ, et ne t’en va pas non plus d’ici, mais tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles. Aie les yeux sur le champ qu’on moissonne, et va après elles. N’ai-je pas commandé aux jeunes hommes de ne pas te toucher ? Et si tu as soif, tu iras aux vases, et tu boiras de ce que puisent les jeunes hommes » (Ruth 2:9-10).

Ces conseils amicaux et bienveillants touchèrent profondément la jeune fille. Elle se sentait indigne d’une telle faveur. « Et elle tomba sur sa face, et se prosterna contre terre, et lui dit : Pourquoi ai-je trouvé grâce à tes yeux, que tu me reconnaisses, et je suis une étrangère ? » (Ruth 2:10). Pour des prosternations similaires en signe de révérence, selon la coutume orientale, voir 1 Samuel 25:23-24 et 2 Samuel 1:2.

La réponse de Boaz montra qu’il connaissait déjà son attachement profond à Naomi, en quittant ses parents et sa patrie pour l’accompagner à Bethléhem. Il pria l’Éternel, le Dieu d’Israël, dont elle avait imploré la protection, de récompenser son amour. « Boaz répondit et lui dit : Tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari, m’a été rapporté, et comment tu as quitté ton père et ta mère, et le pays de ta naissance, et tu es venue vers un peuple que tu ne connaissais pas auparavant. Que l’Éternel récompense ton œuvre, et que ton salaire soit entier de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue t’abriter ! » (Ruth 2:11-12). Ces paroles bienveillantes réconfortèrent l’étrangère solitaire et fortifièrent sa foi en L’Éternel. « Elle dit : Mon seigneur, que je trouve grâce à tes yeux ! car tu m’as consolée, et tu as parlé au cœur de ta servante, et pourtant je ne suis pas comme une de tes servantes » (Ruth 2:13).

À l’heure du repas, Boaz témoigna une nouvelle faveur à la Moabite. Ruth fut autorisée à prendre pleinement part au repas avec les autres et à tremper son morceau de pain dans le plat de vinaigre (ou vin aigre). Assise parmi les moissonneurs, elle reçut de Boaz en personne une généreuse portion de grain rôti, une double portion en signe de sa bienveillance. « Et, au temps du repas, Boaz lui dit : Approche-toi ici, et mange du pain, et trempe ton morceau dans le vinaigre. Et elle s’assit à côté des moissonneurs, et il lui tendit du grain rôti ; et elle mangea, et fut rassasiée, et en laissa de reste » (Ruth 2:14). Heureux sont les débonnaires ; ils « mangeront et seront rassasiés » (Psaume 22:26).

Lorsque Ruth reprit son glanage, Boaz ordonna à ses jeunes gens de lui faciliter la tâche en ramassant les tiges d’orge éparpillées dans les champs après la gerbe. Ils devaient aussi prélever quelques poignées d’épis des gerbes spécialement pour elle. « Et elle se leva pour glaner ; et Boaz commanda à ses jeunes hommes, disant : Qu’elle glane même entre les gerbes, et ne lui en faites pas de reproche ; et vous tirerez aussi pour elle [quelques épis] des poignées, et vous les laisserez ; et elle les glanera, et vous ne l’en reprendrez pas » (Ruth 2:15-16).

Les travaux de la moisson se poursuivirent jusqu’au lever du jour. Puis, avec un bâton, Ruth battit ses épis glanés et constata qu’elle avait environ un épha (trois mesures) de grain d’orge à rapporter à Naomi. Ce serait un ajout substantiel aux provisions de la maison. « Elle glana dans le champ jusqu’au soir, et elle battit ce qu’elle avait glané, et il y eut environ un épha d’orge. Et elle le chargea [sur elle], et vint à la ville ; et sa belle-mère vit ce qu’elle avait glané » (Ruth 2:17-18).

Conversation du soir entre Naomi et Ruth

C’est assurément une glaneuse fatiguée mais heureuse qui rentra chez elle ce soir-là, dans sa nouvelle demeure à Bethléhem. Car Ruth avait, dès le premier jour, constaté combien il était bon pour une étrangère pauvre de faire confiance au Dieu d’Israël, qui « ne fait point acception de personnes, et qui ne prend pas de présents ; qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’étranger pour lui donner le pain et le vêtement » (Deutéronome 10:17-18). L’épha d’orge témoignait de la bonté de l’Éternel, tandis que le pain et le grain rôti offerts par Boaz complétaient cette générosité envers la veuve et l’étranger. « Elle le chargea [sur elle], et vint à la ville ; et sa belle-mère vit ce qu’elle avait glané. Et elle sortit ce qu’elle avait laissé de reste après avoir été rassasiée, et le lui donna » (Ruth 2:18).

La vieille femme était visiblement touchée par ces signes inattendus mais indéniables de la providence divine. La veille encore, elle avait dit : « Le Tout-Puissant m’a remplie d’amertume » (1:20) ; mais aujourd’hui, Naomi constatait qu’il était plein de grâce envers Mara, comme elle s’était nommée. L’amour de Dieu levait le voile des plaintes incrédules qui pesaient sur le cœur de Mara. Et bientôt, Mara, l’amertume, redeviendrait Naomi, la douceur. « Sa belle-mère lui dit : où as-tu glané aujourd’hui, et où as-tu travaillé ? Béni soit celui qui t’a reconnue ! Et elle raconta à sa belle-mère chez qui elle avait travaillé, et dit : Le nom de l’homme chez qui j’ai travaillé aujourd’hui est Boaz » (Ruth 2:19).

Le nom de Boaz éveilla de nouveaux espoirs chez la veuve désespérée. Grâce à sa riche parenté, elle avait de quoi subvenir à ses besoins immédiats. L’Éternel ne pourrait-il pas, par l’intermédiaire de ce riche proche parent, racheter l’héritage perdu à la suite du décès de son mari et de ses fils ? La méfiance de Mara envers le Tout-Puissant s’estompait, laissant place à la confiance et à l’espérance de Naomi en l’Éternel. « Et Naomi dit à sa belle-fille : Béni soit-il de l’Éternel, qui n’a pas discontinué sa bonté envers les vivants et envers les morts ! Et Naomi lui dit : L’homme nous est proche parent, il est de ceux qui ont sur nous le droit de rachat » (Ruth 2:20). Voir Lévitique 25:25.

Connaissant peu les lois d’Israël, Ruth n’avait rien d’encourageant à répondre à sa belle-mère. Elle lui raconta cependant que Boaz lui avait ordonné de continuer à glaner dans ses champs, non seulement pendant la moisson de l’orge, mais aussi pendant celle du froment qui suivrait. « Et Ruth, la Moabite, dit : Même il m’a dit : Tiens-toi près de mes jeunes hommes jusqu’à ce qu’ils aient achevé toute la moisson que j’ai. Et Naomi dit à Ruth, sa belle-fille : Il est bon, ma fille, que tu sortes avec ses jeunes filles, et qu’on ne te rencontre pas dans un autre champ. Et elle se tint auprès des jeunes filles de Boaz, pour glaner, jusqu’à ce que la moisson des orges et la moisson des froments fût achevée ; et elle habitait avec sa belle-mère » (Ruth 2:21-23). Les jeunes hommes de Boaz étaient ses moissonneurs et les jeunes filles, les glaneuses. La moisson de l’orge et du froment s’étendait généralement du début avril à la fin juin, soit une période d’environ trois mois. Les perspectives d’approvisionnement alimentaire pour Naomi et Ruth s’étaient améliorées ; et pour l’héritage perdu, des signes de son rachat se profilaient désormais à l’horizon de leur espérance.

D - Ruth la suppliante aux pieds de Boaz (Ruth 3)

Lorsque David revint honteusement du pays des Philistins où il avait imprudemment cherché refuge auprès de Saül (1 Samuel 21:10-15), il écrivit le Psaume 34, probablement dans la solitude de la grotte d’Adullam où il retrouva la foi en son Dieu. Dans ce cantique de louange, il commémore sa délivrance et exalte la grâce de l’Éternel envers les nécessiteux et les affligés, appelant tous ceux qui étaient dans la détresse et les dettes (voir 1 Samuel 22:2) à l’éprouver eux-mêmes. David dit : « Goûtez et voyez que l’Éternel est bon ! Bienheureux l’homme qui se confie en lui ! Craignez l’Éternel, vous ses saints, car rien ne manque à ceux qui le craignent. Les lionceaux souffrent disette, et ont faim ; mais ceux qui cherchent l’Éternel ne manquent d’aucun bien. » (Psaume 34:8-10).

Comme David revenant de Gath, la ville de Goliath, Naomi, de retour de Moab, le royaume de Balak, avait goûté et vu par elle-même, malgré son indignité, combien l’Éternel est bon et que « aucun de ceux qui se confient en lui ne sera tenu pour coupable. » (Ps. 34:22). Dans l’abondante provision que Ruth rapporta des champs de Boaz à Naomi, elle discerna la « bonté et la tendre miséricorde » du Seigneur qui avait si promptement et généreusement récompensé la confiance que les deux veuves solitaires avaient placée en lui. Aussi, Naomi reprit courage en l’Éternel. Il avait comblé leurs besoins présents ; ne pourvoirait-il pas aussi à l’avenir ? Sa foi ne pouvait-elle pas aller plus loin et lui faire confiance pour qu’il pourvoie à un rachat pour l’héritage de son défunt mari, perdu faute d’héritier par la mort de ses deux fils?

Naomi exhorte Ruth à chercher un rédempteur

Naomi conseilla à sa belle-fille d’intercéder personnellement auprès de Boaz, leur proche parent riche. Animée par cet esprit de grâce désintéressé, si parfaitement manifesté en Christ qui « n’a point cherché à plaire à lui-même », elle désirait que Ruth la Moabite obtienne une faveur plutôt qu’elle-même, l’épouse du défunt Élimélec. Comme elle le disait, son but était de « chercher du repos » afin que l’étrangère de Moab prospère dans la terre promise et que Ruth puisse légitimement recevoir son héritage familial au sein de la tribu de Juda. Naomi ne recherchait pas son propre intérêt, mais celui spirituel de sa belle-fille. De même, Paul, dans son ministère, avait constamment à cœur le bien-être spirituel de ses enfants dans la foi. Il écrivit : « Je ne cherche pas vos biens, mais vous-mêmes ; car ce ne sont pas les enfants qui doivent amasser pour leurs parents, mais les parents pour leurs enfants. Or moi, très volontiers je dépenserai et je serai entièrement dépensé pour vos âmes, si même, vous aimant beaucoup plus, je devais être moins aimé. » (2 Corinthiens 12:14-15). De tels exemples de dévouement désintéressé méritent notre respect et notre imitation.

Nul doute que la piété et la bonté dont Boaz avait déjà fait preuve envers Ruth aient fait naître de nouveaux espoirs dans le cœur de Naomi, et elle conseilla à la jeune fille de lui présenter sa demande sans tarder. « Et Naomi, sa belle-mère, lui dit : Ma fille, ne te chercherai-je pas du repos, afin que tu sois heureuse ? Et maintenant, Boaz, avec les jeunes filles duquel tu as été, n’est-il pas de nos amis ? Voici, il vanne cette nuit les orges dans l’aire. Lave-toi donc, et oins-toi, et mets sur toi tes habits, et descends dans l’aire ; ne te fais pas connaître à l’homme, jusqu’à ce qu’il ait achevé de manger et de boire. Et lorsqu’il se couchera, alors tu remarqueras le lieu où il se couche, et tu entreras, et tu découvriras ses pieds, et tu te coucheras ; et lui, te fera connaître ce que tu auras à faire » (Ruth 3:1-4).

Le vannage, c’est-à-dire la séparation du grain et de la paille (balle) après le battage, se faisait généralement le soir, car c’est à ce moment de la journée que se levaient les vents nécessaires pour emporter les fines enveloppes du grain (Psaume 1:4). Pour protéger le grain vanné des chapardeurs, qui préfèrent l’obscurité à la lumière, il était d’usage que le propriétaire dorme à la belle étoile sur l’aire de battage, vêtu de ses vêtements habituels et couvert de son manteau. Il semble que tout le monde à Bethléhem savait que Boaz suivrait cette coutume cette nuit-là. Naomi conseilla donc à Ruth de profiter de l’occasion pour s’adresser personnellement à Boaz, « de nos amis », sollicitant sa protection dans son dénuement ainsi que son intervention pour recouvrer l’héritage de ses défunts beau-père et époux. Ruth accepta de suivre le conseil de Naomi. « Et elle lui dit : Tout ce que tu as dit, je le ferai » (Ruth 3:5).

La requête personnelle de Ruth au parent rédempteur

Le plan de Naomi, fondé sur les ordonnances divines (Lévitique 25:23-28 ; Deutéronome 25:5-10), était fait en toute bonne foi. Elle croyait que Boaz était le parent qui avait le devoir, selon la loi, de recouvrer l’héritage perdu et d’épouser sa belle-fille, Ruth. Elle était convaincue que Boaz, s’étant montré un homme craignant Dieu, n’hésiterait pas à accepter cette responsabilité et qu’il lui indiquerait, comme elle le dit à Ruth, « ce que tu auras à faire » (3:4). « Et elle descendit à l’aire, et fit selon tout ce que sa belle-mère lui avait commandé. Et Boaz mangea et but, et son cœur devint gai, et il alla se coucher au bout du tas des gerbes. Et elle vint tout doucement, et découvrit ses pieds, et se coucha. Et il arriva au milieu de la nuit, que l’homme eut peur et se tourna ; et voici, une femme était couchée à ses pieds. Et il dit : Qui es-tu ? Et elle dit : Je suis Ruth, ta servante ; et étends ton aile sur ta servante, car tu as le droit de rachat » (Ruth 3:6-9).

À la fin de la journée, Boaz mangea le cœur joyeux, rempli de la joie de la moisson (Ésaïe 9:3) que lui procurait la bénédiction divine sur ses semailles et ses labours. « Joyeux », ici comme en Luc 15:24, n’implique pas une convivialité excessive. À minuit, Boaz fut surpris de trouver une femme étendue sous le manteau qui recouvrait ses pieds. C’était le moment pour Ruth de présenter sa requête. Elle reconnaissait être la glaneuse indigne envers laquelle Boaz avait été si bon. Elle sollicitait maintenant sa protection en tant que veuve pauvre et belle-fille d’une veuve pauvre. Elle était venue à lui car il était un parent et avait le droit de rachat. Elle s’en remettait sans réserve à sa miséricorde et à sa faveur. Elle savait qu’il avait le pouvoir de racheter ; son nom n’était-il pas Boaz, le puissant et le riche ? Elle avait confiance dans le fait qu’il était disposé et capable de racheter.

« Étends ton aile sur ta servante » doit être compris non pas littéralement, mais figurativement. Ruth désirait sa protection. Quand le danger menace sa couvée sans défense, la poule rassemble ses poussins sous ses ailes (Matthieu 23:37). Lorsque David fuyait Saül, il se réfugia à l’ombre des ailes de son Dieu (Psaume 57:1 ; voir aussi Psaume 36:7 ; Psaume 61:4 ; Psaume 91:4). On peut également rappeler que, dans les champs de la moisson, Boaz avait utilisé cette même métaphore pour accueillir Ruth, glaneuse, en disant : « Que l’Éternel récompense ton œuvre, et que ton salaire soit entier de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue t’abriter ! » (2:12). Ruth faisait-elle allusion à ces paroles de Boaz lorsqu’elle le supplia : « Étends ton aile sur ta servante » ? C’est fort possible, car ses paroles exprimaient la foi de son cœur, convaincue que l’« aile » de Boaz pouvait être l’instrument des « ailes » protectrices de l’Éternel.

Ruth reçoit la promesse de rédemption

Boaz, rempli de crainte de l’Éternel, écouta attentivement la supplique émouvante de la femme démunie à ses pieds. Assurément, Dieu, qui l’avait conduite de Moab à Bethléhem, l’avait maintenant conduite de la maison de Naomi à son aire de battage. Considérant sa requête comme raisonnable et juste, Boaz y accéda, bien qu’il en comprît les enjeux peut-être mieux qu’elle ou Naomi, car un autre homme avait un droit plus direct que lui à racheter l’héritage. Boaz s’engagea cependant à ce que justice soit faite et que l’héritage soit racheté et rétabli sur le fondement solide de l’équité et de la vérité, conformément à la loi de l’Éternel. Si le parent le plus proche manquait à cette mission, il s’en chargerait lui-même. Il entendait, en tout cas, étendre son aile protectrice sur la jeune fille abandonnée et faire pour elle tout ce que la justice et la générosité exigeraient.

La réponse de Boaz à la requête de Ruth fut la suivante : « Et il dit : Bénie sois-tu de l’Éternel, ma fille ! Tu as montré plus de bonté à la fin qu’au commencement, en ce que tu n’es pas allée après les jeunes hommes, pauvres ou riches. Et maintenant, ma fille, ne crains pas ; tout ce que tu [me] dis, je le ferai pour toi ; car toute la porte de mon peuple sait que tu es une femme vertueuse. Et maintenant, il est bien vrai que j’ai le droit de rachat, toutefois il y en a un qui a le droit de rachat, [et qui est] plus proche que moi. Passe [ici] la nuit ; et s’il arrive que, le matin, il veuille te racheter, c’est bien ! qu’il le fasse ; et s’il ne lui plaît pas de te racheter, l’Éternel est vivant que je le ferai, moi ! Reste couchée jusqu’au matin » (Ruth 3:10-13).

Ainsi, Ruth, étrangère de naissance aux « alliances de la promesse », reçut la promesse d’un héritage au pays d’Emmanuel, la terre de gloire par excellence, celle d’où les abondantes bénédictions de Dieu se répandraient sur toute la terre. Par l’accomplissement de cette promesse, elle serait, comme Boaz lui-même le souhaitait (verset 10), bénie par l’Éternel et acceptée comme fille d’Israël.

De plus, sa foi en l’Éternel transparaissait indéniablement dans sa vie pieuse et son comportement général ; à tel point que, comme Boaz en témoigna, les hommes sages et intègres siégeant à la porte de Bethléhem savaient qu’elle était « une femme vertueuse » (verset 11). Déjà, les anciens la reconnaissaient comme une femme qui excellait dans les qualités féminines qui confèrent valeur et vertu à une épouse en Israël. Ce terme est employé ailleurs. Salomon décrit une telle femme comme « une couronne pour son mari » (Proverbes 12:4). Et les vingt-deux derniers versets de ce livre de sagesse morale forment un acrostiche élogieux d’une « femme vertueuse » (Proverbes 31:10-31).

Tel était donc le caractère de Ruth avant son entrée chez Boaz. Par sa conduite exemplaire, cette humble servante avait prouvé aux yeux des anciens de la ville qu’elle était digne de recevoir un héritage au sein du peuple de l’Éternel. Les anciens des Juifs de Capernaüm dirent au Seigneur, au sujet du centurion païen qui avait imploré son aide pour la guérison de son serviteur, qu’il était « digne » (Luc 7:4). Le centurion lui-même répondit : « Je ne suis pas digne. » Mais le Seigneur montra au peuple que ses bienfaits envers les Juifs découlaient d’une « grande foi » telle qu’il n’en avait pas trouvé en Israël (Matthieu 8:8, 10). De même, Ruth fut justifiée devant les hommes par ses œuvres « dignes », car elles découlaient de sa foi en l’Éternel, tout comme celles d’Abraham et de Rahab (Jacques 2:21-25).

Ruth apporte la bonne nouvelle à Naomi

Boaz demanda à Ruth de rester où elle était jusqu’au matin et de ne pas braver les dangers d’un voyage nocturne pour rentrer chez elle. La piété éprouvée de l’homme plus âgé et de la jeune femme justifiait pleinement le caractère discret de cette entrevue privée et particulière. Ruth, cependant, quitta l’aire de battage à l’aube afin de « ne donner aucune occasion à l’adversaire » (1 Timothée 5:14). « Elle resta couchée là à ses pieds jusqu’au matin ; et elle se leva avant qu’on puisse se reconnaître l’un l’autre. Et il dit : Qu’on ne sache pas qu’une femme est venue dans l’aire » (Ruth 3:14).

Avant son départ, Ruth bénéficia une nouvelle fois de la générosité de Boaz, son rédempteur par promesse. Il remplit son manteau de six mesures d’orge vannée et le posa sur sa tête pour qu’elle le rapporte chez elle. De cette manière, Boaz la couronna, pour ainsi dire, d’un signe de sa bonté et de sa faveur, image, pourrait-on dire, de la faveur de l’Éternel qui repose sur ceux qui « gardent son alliance » et « se souviennent de ses préceptes pour les mettre en pratique ». Il couronne de tels hommes « de bonté et de compassion » (Psaume 103:4). « Et il [lui] dit : Donne le manteau qui est sur toi, et tiens-le. Et elle le tint, et il mesura six [mesures] d’orge, et les mit sur elle ; et il entra dans la ville » (Ruth 3:15). Les « six mesures » d’orge que Ruth portait à Naomi équivalaient à deux éphas ; cette quantité était le double de ce qu’elle avait glané (2:17). C’était une « double portion », signe de la faveur particulière de Boaz (Deutéronome 21:17 ; 1 Samuel 1:5).

Dans la version autorisée du roi Jacques, le verset 15 se termine par : « et elle entra dans la ville ». Cependant, la plupart des versions révisées, comme celle citée, utilisent le pronom « il », indiquant qu’il s’agit de Boaz et de son départ pour Bethléhem et sa porte (rattachant ainsi 3,15 à 4,1, les versets 16 à 18 étant entre parenthèses). Cette lecture, « il » au lieu de « elle », est sans aucun doute correcte.

Ruth arriva chez Naomi à l’aube. « Et elle vint vers sa belle-mère ; et celle-ci dit : Qui es-tu, ma fille ? Et elle lui raconta tout ce que l’homme avait fait pour elle ; et elle dit : Il m’a donné ces six [mesures] d’orge ; car il m’a dit : Tu n’iras pas à vide vers ta belle-mère. Et [Naomi] dit : Demeure, ma fille, jusqu’à ce que tu saches comment l’affaire tournera ; car l’homme n’aura pas de repos qu’il n’ait terminé l’affaire aujourd’hui. » (Ruth 3:16-18). Les premiers mots de Naomi n’impliquent pas nécessairement un manque de reconnaissance. Le patriarche Isaac s’adressa de la même manière à ses deux fils (Genèse 27:18, 32). De plus, l’expression « ma fille » désignait une salutation amicale plutôt qu’un lien de parenté. On notera que Boaz utilisa la même formule pour s’adresser à Ruth (2:8 ; 3:10). Ruth annonça aussitôt à sa belle-mère la bonne nouvelle : Boaz lui avait promis la rédemption. Elle lui montra également la double portion d’orge qu’il lui avait offert, gage de l’héritage fertile à venir et preuve de sa faveur présente.

Le commentaire de Naomi (verset 18) sur cette bonne nouvelle est empreint de foi et d’espérance. Elle avait une confiance absolue en la piété et la bienfaisance agissante de Boaz. Elle était certaine qu’il tiendrait sa promesse sans délai : « aujourd’hui », dit-elle. Ruth n’avait donc aucune raison de s’inquiéter. Qu’elle reste sereine. La situation était désormais entièrement entre les mains de Boaz, et la force du Seigneur reposait en lui.

Que nos lecteurs prennent exemple sur la confiance de ces femmes et méditent l’exhortation d’Hébreux 6:11-12. « Nous désirons que chacun de vous montre la même diligence pour la pleine assurance de l’espérance jusqu’au bout ; afin que vous ne deveniez pas paresseux, mais imitateurs de ceux qui, par la foi et par la patience, héritent ce qui avait été promis. »

E - Boaz devient le parent rédempteur (Ruth 4:1-12)

Aux portes de Bethléhem, Boaz se montre plein de compassion envers les deux veuves, mais aussi profondément respectueux des justes exigences de la loi de l’Éternel en terre d’Israël. Il fait en sorte que le rachat immédiat de l’héritage d’Élimélec soit effectué publiquement et selon les coutumes approuvées du peuple. En réalité, il s’agissait de bien plus que de subvenir aux besoins des veuves démunies. Cet héritage était un don de l’Éternel à cette famille et, pour cette raison, il devait être recouvré et préservé pour elle. Au temps de Josué, cette parcelle de terre avait été attribuée par le sort aux ancêtres d’Élimélec, pour qu’ils la possèdent, eux et leurs héritiers, à perpétuité. L’Éternel était le propriétaire : « La terre est à moi » (Lévitique 25:23). Toute question relative à la succession ou à un changement d’occupant devait être abordée de manière juste aux yeux de l’Éternel. La rédemption (le rachat) était un acte sacré, et non une simple négociation humaine.

Dans le double but de la rédemption et du mariage, Boaz se rendit à la « porte », lieu reconnu comme un tribunal public où les affaires civiles et criminelles étaient instruites par les hommes âgés et sages de la ville. Cette forme d’administration locale avait été autorisée par Moïse et figurait dans ses dernières instructions données aux fils d’Israël aux frontières du pays de Canaan (cf. Deutéronome 16:18-20 ; Deutéronome 21:18-21 ; Deutéronome 25:7-9). Les anciens de la ville étaient donc ses dirigeants civils et étaient « ordonnés par Dieu » pour l’être, récompensant et protégeant les bons et punissant les méchants avec une autorité de magistrats exercée selon sa loi (Josué 20:4 ; Romains 13:1-4).

Boaz et les anciens à la porte de la ville

Boaz savait qu’un autre homme, de par un lien de parenté plus étroit, avait un droit de rachat supérieur au sien auprès du tenancier du domaine auquel Élimélec et Naomi l’avaient vraisemblablement cédé lors de leur départ pour le pays de Moab. Faute de rachat, la terre resterait en possession du tenancier ou du créancier hypothécaire jusqu’à l’année du jubilé (Lévitique 25:28). Or, jusqu’alors, le plus proche parent n’avait entrepris aucune démarche pour racheter l’héritage, négligeant ainsi les veuves. Mais Boaz était partisan d’une action immédiate et il porta aussitôt la question devant les autorités légitimes, qu’il réunit à la porte de la ville. Boaz monta à la porte et s’assit là. Et voici que celui qui avait le droit de rachat, celui dont Boaz avait parlé, arriva. Boaz lui dit : « Toi, un tel, détourne-toi, assieds-toi ici. Et il se détourna et s’assit. Et [Boaz] prit dix hommes des anciens de la ville, et dit : Asseyez-vous ici. Et ils s’assirent » (Ruth 4:1-2).

Bethléhem était située sur une colline, les champs de céréales se trouvant dans les vallées et sur les pentes. C’est pourquoi nous lisons que Ruth « descendit » de chez Naomi à l’aire de battage (3:6) et que Boaz « monta » de l’aire de battage à la porte de Bethléhem (4:1). La porte était un lieu public, assez spacieux pour que douze personnes puissent s’asseoir et que de nombreux habitants puissent se tenir debout en spectateurs. Dans les grandes villes, un vaste espace était aménagé aux portes pour les cérémonies publiques importantes. Par exemple, dans un « vide » ou un espace ouvert à l’entrée de la porte de Samarie, deux rois pouvaient s’asseoir sur leurs trônes en grande pompe, tandis que tous les prophètes prophétisaient devant eux (1 Rois 22:10).

Le plus proche parent renonce à son droit de rachat

Devant les anciens réunis à la porte de la ville, Boaz exposa la question de l’héritage caduque au plus proche parent (Goel). Naomi, veuve de leur parent, souhaitait que soit rachetée la part de terre qui était la possession de son mari par héritage. Boaz fit remarquer au Goel qu’en raison de son lien de parenté proche, il bénéficiait d’un droit de rachat prioritaire. Accepterait-il d’exercer ce droit ? Dans le cas contraire, Boaz rachèterait lui-même l’héritage. « Et il dit à celui qui avait le droit de rachat : Naomi, qui est revenue des champs de Moab, vend la pièce de terre qui était à notre frère Élimélec. Et moi, je me suis dit : Je t’en informerai, et je te dirai : Achète-la en la présence des habitants et en la présence des anciens de mon peuple. Si tu veux racheter, rachète ; et si tu ne veux pas racheter, déclare-le-moi, afin que je le sache ; car il n’y a personne que toi pour racheter, et moi je suis après toi » (Ruth 4:3-4).

Le parent le plus proche, celui qui pouvait racheter, était prêt à exercer son droit légal et à acquérir la propriété. Ce faisant, il augmenterait son propre patrimoine. En somme, la proposition lui semblait une bonne affaire. « Et il dit : Je rachèterai » (Ruth 4:4). Mais il ignorait apparemment que le transfert de la part de terre à son profit impliquait qu’il épouse également Ruth la Moabite, veuve de Makhlon, fils d’Élimélec. « Et Boaz dit : Au jour où tu achèteras le champ de la main de Naomi, tu l’achèteras aussi de Ruth, la Moabite, femme du défunt, pour relever le nom du défunt sur son héritage » (Ruth 4:5). Ce mariage imposé était conforme aux dispositions de la loi de l’Éternel (Deutéronome 25:6), afin que le nom de famille demeure attaché au domaine familial, même si le chef de famille mourait sans héritier, comme ce fut le cas pour Élimélec et ses deux fils. Or, la volonté de l’Éternel était que l’héritage de chaque famille du peuple juste lui soit perpétuel (Lévitique 25:23).

Le Goel « le plus proche », cependant, n’était pas disposé à honorer la seconde partie de l’accord, à savoir prendre Ruth pour épouse et maintenir le nom du défunt sur l’héritage. Il revint aussitôt sur sa décision initiale. « Et celui qui avait le droit de rachat dit : Je ne puis pas le racheter pour moi, de peur que je ne ruine mon héritage ; use, toi, de mon droit de rachat, car je ne puis racheter » (Ruth 4:6). Par cette déclaration en présence des anciens de Bethléhem, celui qui détenait le droit de rachat prioritaire y renonça publiquement face à Boaz, ouvrant ainsi la voie à ce dernier pour accomplir le dessein généreux qui l’animait.

Boaz avait clairement exposé la situation respective des deux veuves concernant l’héritage. Il déclara (1) que Naomi, aux yeux de la loi, était la vendeuse du bien, bien que celui-ci eût sans doute été loué ou hypothéqué pendant la famine à son occupant actuel. Dès que le Goel aurait racheté l’héritage, Naomi en recevrait la valeur pour son usage et sa jouissance immédiats. Il dit aussi (2) que Ruth, n’étant pas fille d’Élimélec, n’avait aucun droit sur la propriété en vertu du « statut de droit » spécifique applicable aux filles (Nombres 27:6-11). Mais en tant que veuve de Makhlon, elle avait une place reconnue dans la famille. De plus, étant donné que sa sœur Orpa, femme de Kilion, le frère de son mari, était restée dans son pays, Ruth était la seule dont on pouvait espérer, par un mariage convenable, un héritier pour l’héritage d’Élimélec. Ces deux faits s’avéreront importants lorsqu’on examinera l’aspect typique du récit (voir section G).

Le Goel « le plus proche » avait refusé d’épouser Ruth, « de peur », disait-il, « que je ne ruine mon propre héritage ». Il pensait qu’en épousant la Moabite, il jetterait sur sa famille la stigmatisation d’une « étrangère ». De plus, il puiserait dans son propre héritage pour racheter celui d’autrui, et le « ruinerait » de ce fait. Il suggéra donc à Boaz d’assumer lui-même le rôle de parent racheteur (Goel). En effet, la loi en Israël avait prouvé son impuissance à racheter le pauvre et l’étranger, et elle s’abstint afin que la grâce et la vérité, incarnées par Boaz, puissent œuvrer pour le salut de Naomi et Ruth.

Ce refus verbal du Goel de racheter l’héritage fut confirmé publiquement et attesté légalement, selon la coutume ancienne, par la remise à Boaz d’une de ses sandales. Ce geste signifiait qu’il cédait à Boaz la totalité de l’héritage, dans ses moindres détails, jusqu’à la largeur d’un pied. La largeur d’un pied représentait la superficie minimale de terre qu’un homme pouvait posséder en héritage (voir Deutéronome 2:5 ; Actes 7:5). De plus, recevoir la sandale constituait un gage de la réception de l’héritage complet en temps voulu. « Or, c’était jadis [une coutume] en Israël, en cas de rachat et d’échange, que, pour confirmer toute affaire, : l’un ôtait sa sandale et la donnait à l’autre ; c’était là une coutume en Israël. Et celui qui avait le droit de rachat dit à Boaz : “Achète pour toi” ; et il ôta sa sandale » (Ruth 4:7-8).

Comme le Goel, détenteur du droit légal de rachat, avait renoncé à l’achat proposé et avait formellement cédé ses droits à Boaz, lequel n’avait jamais caché sa volonté de défendre la cause de Naomi et Ruth, tout reposait entre ses mains. Aucune des deux femmes n’assista à la cérémonie. Elles étaient persuadées que Dieu avait suscité pour elles, en la personne de Boaz, un rédempteur (Goel). Toutes deux, comme Boaz, avaient confiance en l’Éternel, qui « fait justice et droit à tous les opprimés » (Psaume 103:6). Agissant dans la crainte de l’Éternel et comme Son serviteur, Boaz racheta alors l’héritage et épousa Ruth, car ces deux actes étaient indissociables dans le contexte de ce double rachat.

Boaz devient le rédempteur de Naomi et Ruth

Ainsi, Boaz acquit tous les biens ayant appartenu à Élimélec et à ses deux fils, et prit Ruth pour femme afin que l’héritage ne soit pas perdu et que le nom du défunt ne disparaisse pas de sa famille et de sa tribu. Ce jour-là, Boaz annonça ce bienfait aux anciens et au peuple rassemblés à la porte de la ville. « Et Boaz dit aux anciens et à tout le peuple : Vous êtes aujourd’hui témoins que j’ai acheté de la main de Naomi tout ce qui était à Élimélec, et tout ce qui était à Kilion et à Makhlon ; et aussi que je me suis acquis pour femme Ruth, la Moabite, la femme de Makhlon, pour relever le nom du défunt sur son héritage, afin que le nom du défunt ne soit pas retranché d’entre ses frères et de la porte de son lieu : vous en êtes témoins aujourd’hui ! » (Ruth 4:9-10)

Comme le montre le récit des événements survenus à la porte de Bethléhem, le rachat était double : (1) l’acquisition auprès de Naomi de tous les biens de son mari et de ses deux fils, tous trois décédés au pays de Moab, et (2) le rachat de Ruth la Moabite, femme de Makhlon, pour qu’elle devienne son épouse. Ainsi, les deux veuves bénéficièrent de cette transaction : (1) Naomi reçut de Boaz la valeur de l’héritage pour subvenir à ses besoins ; celle qui dépendait des glanages de Ruth dans les champs d’orge était désormais relativement riche et ses biens s’étaient accrus ; tandis que (2) Ruth, l’étrangère, devint l’épouse de Boaz de Bethléhem, l’homme puissant et riche. Boaz s’était reconnu comme frère, au sens large d’un lien de parenté proche avec le défunt Élimélec (verset 3), et avait donc accepté et rempli l’obligation fraternelle prévue par la loi de Deutéronome 25:5-10 : épouser Ruth, veuve, et susciter une descendance pour perpétuer le nom et l’héritage d’Élimélec dans la tribu de Juda et dans la terre d’Israël.

Les anciens et le peuple, témoins de l’acte de Boaz, ne manifestèrent ni envie ni jalousie, mais exprimèrent leurs félicitations et leurs vœux pieux, souhaitant que la grâce de l’Éternel couronne cet heureux événement. « Et tout le peuple qui était à la porte, et les anciens, dirent : [Nous en sommes] témoins. Fasse l’Éternel que la femme qui entre dans ta maison soit comme Rachel, et comme Léa, qui toutes deux ont bâti la maison d’Israël ! Et deviens puissant dans Éphrata, et fais-toi un nom dans Bethléhem ! Et que, de la postérité que l’Éternel te donnera de cette jeune femme, ta maison soit comme la maison de Pérets, que Tamar enfanta à Juda ! » (Ruth 4:11-12).

L’assemblée réunie à la porte de la ville souhaitait ardemment que l’Éternel accorde sa bénédiction (1) à Ruth, (2) à Boaz lui-même et (3) à sa maison. Leur souhait (1) concernait la jeune veuve sans enfant, afin qu’elle puisse désormais être féconde comme Rachel et Léa, dont les fils ont donné naissance aux huit principales tribus d’Israël. Rachel, l’épouse bien-aimée de Jacob et la mère de Joseph et Benjamin, mourut en couches et fut enterrée près d’« Éphrata, qui est Bethléhem » (Genèse 35:19). C’est peut-être pour cette raison que les habitants de Bethléhem mentionnèrent son nom avant celui de sa sœur aînée, Léa.

Ils souhaitaient (2) pour Boaz, que celui-ci, déjà homme prospère, puisse, grâce à l’héritage racheté, acquérir davantage de pouvoir et se forger un nom encore plus illustre à Bethléhem. Cette prière fervente fut exaucée de façon glorieuse et suprême, car par ce mariage, Boaz devint l’ancêtre du Messie d’Israël, qui naquit en son temps à Bethléhem, petite ville certes, « parmi les milliers de Juda » (Michée 5:2).

De plus, leur désir (3) était que la maison ou la famille de Boaz soit nombreuse et influente dans la tribu de Juda, à l’instar de la maison de Pérets. Pérets était le second fils de Juda et le frère jumeau de Zérah. Ces deux fils et leurs familles sont mentionnés dans le recensement des fils d’Israël effectué dans les plaines de Moab, près de Jéricho (Nombres 26:20-21). Pérets était un ancêtre de Boaz (Ruth 4:18-21), et Jashobham, l’un de ses descendants, était « chef de tous les capitaines de l’armée », commandant 24 000 hommes sélectionnés pour servir à la cour du roi David pendant le mois de Nisan (1 Chron. 27:2-3).

Nous ne pouvons qu’admirer l’absence de jalousie et toute la bienveillance qui animèrent les habitants de Bethléhem lorsqu’ils apprirent que Ruth, la jeune Moabite, allait devenir l’épouse de Boaz, leur ancien respecté. La loi disait : « L’Ammonite et le Moabite n’entreront pas dans la congrégation de l’Éternel ; même leur dixième génération n’entrera pas dans la congrégation de l’Éternel, à jamais… Tu ne chercheras jamais leur paix, ni leur prospérité, tous tes jours » (Deutéronome 23:3-6).

Mais tous les anciens et le peuple, réunis à la porte de la ville, surmontèrent les rigueurs de la loi du Sinaï et, lors de leur bénédiction nuptiale, exprimèrent leur souhait de paix et de prospérité à la nouvelle famille, nommant d’abord la pauvre Moabite, puis la riche Bethléhémite. C’était là, en vérité, un aperçu de cette Lumière véritable qui, en venant dans le monde, illuminerait tout homme, Israélite ou non (Jean 1:9). Les paroles des Bethléhémites revêtaient une signification plus profonde qu’ils ne l’imaginaient, car elles recelaient une prophétie latente concernant « Jésus qui est appelé Christ ». Sa généalogie, issue d’Abraham, apparaît au début du Nouveau Testament sur quarante-deux générations, et la dixième est : « Boaz engendra Obed, de Ruth » (Matthieu 1:1-17). C’est ainsi que le nom de Ruth est inscrit dans le premier Évangile, car par la foi, elle abandonna les idoles de Moab et chercha refuge à Bethléhem, où le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, l’Éternel d’Israël, était connu et adoré.

F - Joie pour Naomi et renommée pour Boaz (Ruth 4:13-22)

La fin du bref récit du livre de Ruth relate la joie qui descendit sur Bethléhem à l’occasion du mariage de Boaz, le Goel, et de Ruth. La bénédiction de l’Éternel sur cette union singulière se manifesta par la naissance d’un fils pour le mari plus âgé et la veuve stérile. Les femmes de la ville, unies dans une pieuse solidarité, louèrent le Dieu d’Israël qui avait suscité un héritier pour l’héritage longtemps resté en dormance, mais désormais racheté. À la naissance d’Obed, le cœur de Naomi, autrefois si triste, se remplit de joie, et Boaz acquit la renommée d’être l’ancêtre de la descendance promise d’Abraham et du Fils et Seigneur de David.

L’héritier né pour Naomi

Naomi, veuve d’Élimélec, étant la « vendeuse », avait un intérêt primordial dans le rachat de l’héritage de son mari à Bethléhem, comme Boaz le reconnut publiquement lors de la négociation de son acquisition (4:5). Une fois le transfert de propriété à Boaz achevé, Naomi désira ardemment voir naître un héritier de Boaz et Ruth, afin que le nom de son mari soit ainsi perpétué dans sa tribu et que le but principal de la rédemption soit atteint (pour comprendre l’inquiétude des épouses et des mères en Israël à ce sujet, voir les paroles de la veuve de Tekoah, 2 Samuel 14:5-7). Le désir de Naomi d’avoir un héritier fut exaucé, et sa foi en l’Éternel fut récompensée par la naissance d’un petit-fils. « Et Boaz prit Ruth, et elle fut sa femme ; et il vint vers elle ; et l’Éternel lui donna de concevoir, et elle enfanta un fils » (Ruth 4:13).

Les femmes du voisinage reconnurent également l’œuvre remarquable de l’Éternel dans cette affaire et, avec piété et discernement, elles exprimèrent leur sympathie et leur joie à la vieille Naomi plutôt qu’à Ruth elle-même. « Et les femmes dirent à Naomi : Béni soit l’Éternel, qui ne t’a pas laissé manquer aujourd’hui d’un homme qui ait le droit de rachat ! et que son nom soit nommé en Israël. Et il sera pour toi un restaurateur de ton âme, et un soutien de ta vieillesse ! Car ta belle-fille qui t’aime, l’a enfanté, elle qui vaut mieux pour toi que sept fils » (Ruth 4:14-15).

De toute évidence, ces femmes n’étaient ni oisives, ni curieuses, ni bavardes, mais des matrones pieuses et réfléchies, craignant Dieu. Elles comprenaient que l’Éternel avait un dessein particulier, lié à ce mariage et à cette naissance exceptionnels. Elles se souvenaient sans doute du cas remarquable d’Abraham et de Sarah, à qui Isaac, l’enfant promis par l’Éternel et destiné à bénir toutes les nations de la terre, avait été donné miraculeusement. Peut-être se rappelaient-elles aussi Amram et Jokébed et leur fils Moïse ; et encore Manoah et sa femme et leur fils Samson. Quelle bénédiction ces enfants furent pour leurs parents ! Quel honneur reçurent ensuite ces parents à travers leurs enfants, dont les noms devinrent célèbres en Israël, car Dieu les avait suscités et choisis dès leur naissance pour son service particulier ! En tout cas, consciemment ou inconsciemment, ces femmes félicitèrent Naomi en s’inspirant des actions passées de l’Éternel envers les pères d’Israël. Elles dirent à Naomi qu’en ce petit garçon, l’Éternel lui avait donné le Goel qui lui avait manqué jusqu’alors, et qu’il avait ainsi assuré son héritage, non seulement pour le présent, mais aussi pour l’avenir.

De plus, les femmes semblaient se souvenir des plaintes de Naomi à son retour de Moab à Bethléhem (cf. 1:20-21) ; elle avait alors dit qu’elle était partie comblée (avec un mari et deux fils) et qu’elle était revenue à vide (sans mari ni fils). Mais l’Éternel, qu’elle avait blâmé, avait considéré son « bas état » et l’avait traitée non pas avec amertume, mais avec générosité. Ruth, la femme du riche Boaz, était maintenant devenue mère, et dans le nouveau-né, Naomi voyait le Goel de l’héritage de son mari pour les années à venir. Le petit-fils serait celui qui « restaure sa vie ». En lui, les biens familiaux en péril retrouvaient une espérance vivante. Le fils de Ruth avait apporté du réconfort à la vieillesse de Naomi.

De plus, les femmes rappelèrent à Naomi le grand trésor qu’elle possédait en la mère du jeune enfant. En Ruth, elle avait trouvé « le réconfort de l’amour » dans la solitude de son triple deuil. Ruth l’avait aimée lorsqu’elle était Naomi, la douce, et elle l’avait aimé et s’était attachée encore à elle lorsqu’elle était Mara, la veuve amère. Naomi pleurait-elle encore la perte de ses deux fils en Moab ? Mais, dirent-elles, Ruth elle-même « vaut mieux pour toi que sept fils ». Ne t’a-t-elle pas donné un petit-fils, le fils de Boaz ? Être la mère de sept fils ou plus était considéré comme un grand honneur dans la vie familiale (voir Genèse 46:25 ; 1 Samuel 1:8; 2 Samuel 2:5 ; Job 1:2 ; Job 42:13 ; 1 Chroniques 3:24 ; Jérémie 15:9). Ainsi, les sages de Bethléhem exhortèrent Naomi à se réjouir dans le Seigneur et à exulter. L’heure du deuil était passée, et « un homme » était né dans le monde, dont le nom serait célèbre parmi la postérité d’Abraham.

La grand-mère maternelle

Les sentiments maternels longtemps refoulés de Naomi s’éveillèrent pour l’enfant de Ruth. Elle porta un vif intérêt au nourrisson et était prête à consacrer son énergie et son expérience à son éducation selon les préceptes du Seigneur, comme semble l’avoir fait la « grand-mère Loïs » avec Timothée (2 Timothée 1:5). « Et Naomi prit l’enfant, et le mit dans son sein, et elle lui tint lieu de nourrice » (Ruth 4:16). Le terme « nourrice » ou « parent adoptif » est employé au sens général pour celle qui « instruit » et « protège ». Moïse, s’adressant à l’Éternel, l’utilise pour décrire son rôle de chef d’Israël dans le désert : « … Tu me dis : Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte l’enfant qui tète, jusqu’au pays … » (Nombres 11:12). Voir aussi Ésaïe 49:23.

L’intérêt des femmes du voisinage était si manifeste que, comme les voisines d’Élisabeth plus tard (Luc 1:58-59), elles entreprirent de choisir un nom pour l’enfant, qu’elles considéraient comme celui de Naomi en raison de son lien avec le rachat de l’héritage qui était à son nom. « Les femmes de ses voisines lui donnèrent un nom, disant : Un fils est né à Naomi. Et elles l’appelèrent Obed (c’est-à-dire adorateur ou serviteur). Ce fut le père d’Isaï, père de David » (Ruth 4:17). Le choix du nom par les voisines fut accepté par Naomi et les parents de l’enfant, et il fut appelé Obed. L’adoration et le service de Dieu semblent tous deux être incarnés dans la signification de ce nom, et ces deux qualités résument l’attitude requise de l’homme envers Dieu.

Notre Seigneur fit référence à cette combinaison essentielle lorsqu’il résista aux tentations de Satan dans le désert. Citant Deutéronome 6:13, il dit au diable : « il est écrit : “Tu rendras hommage au Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul” » (Matthieu 4:10). Le Seigneur Jésus avait pris « la forme d’esclave » et, à ce titre, il glorifia Dieu pleinement ; car il était le Serviteur bien-aimé de l’Éternel, dont les prophètes d’Israël rendirent un abondant témoignage.

Obed (serviteur), fils du riche Boaz, par son nom, et peut-être aussi par sa vie de piété, obéissante et dévouée, témoigna discrètement, non seulement de son futur petit-fils David qui « en sa propre génération, a servi au conseil de Dieu » (Actes 13:36), mais aussi du Fils de David et Seigneur de David, dont le service à Dieu est sans égal. Le récit biblique montre que, parmi sa descendance, le nom d’Obed devint célèbre en Israël. Car, hormis cette brève mention dans le livre de Ruth, son nom n’apparaît nulle part ailleurs qu’en 1 Chroniques 2:12, comme grand-père de David, et en Matthieu 1:5 et Luc 3:32 comme ancêtre du Messie d’Israël. Mais quel honneur insigne pour le fils d’une Moabite que cette association avec l’Oint de l’Éternel dans sa généalogie !

Appendice généalogique

Le bref récit de ce livre montre comment, par la grâce de Dieu, Ruth la Moabite fut naturalisée à Bethléhem de Juda, dans la terre d’Israël. Le récit se termine par l’affirmation qu’Obed, fils de Boaz et de Ruth, « est le père de Jessé, le père de David », cette courte phrase exprimant l’essentiel du récit. Mais une généalogie plus complète est ajoutée, remontant la lignée de David jusqu’à Pérets, fils de Juda. « Ce sont ici les générations de Pérets : Pérets engendra Hetsron ; et Hetsron engendra Ram ; et Ram engendra Amminadab ; et Amminadab engendra Nakhshon ; et Nakhshon engendra Salma ; et Salmon engendra Boaz ; et Boaz engendra Obed ; et Obed engendra Isaï ; et Isaï engendra David » (Ruth 4:18-22).

Ce tableau généalogique, sans commentaire, est important car il constitue une preuve manifeste de la descendance de David de la tribu de Juda, tribu à laquelle appartenaient le sceptre et le législateur en Israël, conformément à la promesse et à la prophétie inspirées de Jacob sur son lit de mort (Genèse 49). La preuve apportée par cette courte liste de noms suffit à elle seule à invalider toute prétention à la royauté, que ce soit par la tribu d’Éphraïm ou celle de Benjamin. Elle relie ainsi le livre de Ruth aux récits du roi Saül de Guibah (Benjamin) et du roi David de Bethléhem (Juda), relatés dans les livres de Samuel. La période couverte par le tableau s’étend de l’appel des Israélites hors d’Égypte pour devenir le peuple et la nation de l’Éternel jusqu’au moment où l’Éternel suscita David pour régner sur eux en tant que roi.

La liste comprend dix générations, que l’on peut diviser en deux groupes de cinq. Les cinq premiers noms – de Pérets à Nakhshon – sont principalement liés à Israël en Égypte et dans le désert. La seconde généalogie – de Salmon à David – retrace la présence d’Israël dans le pays jusqu’à l’établissement de la monarchie sous le roi choisi par Dieu. Cet arbre généalogique illustre la lignée royale constitutionnelle promise à la nation. Les noms qui y figurent ne sont pas toujours ceux des aînés. David lui-même, par exemple, était le septième fils de Jessé (1 Chroniques 2:15). La descendance de Pérets devait s’éteindre avec le Messie et demeurait donc constamment sous la tutelle de l’Éternel. Le nom d’Élimélec n’apparaît pas dans la liste, mais celui de Boaz, fils de Salmon. Ce choix témoigne de la valeur religieuse accordée au mariage de Ruth et à la rédemption de l’héritage, dont les heureux époux ignoraient peut-être tout.

Il convient de noter quelques éléments historiques liés aux noms de cette liste. Pérets, fils de Juda et de Tamar, est toujours mentionné avant son frère jumeau Zérakh, ce qui lui conférait le droit d’aînesse. La famille de Pérets (Nombres 26:20) occupait le rang le plus élevé de la tribu de Juda sous le règne de David (1 Chroniques 27:3) et semble s’être distinguée par sa fécondité et sa virilité. Cette croissance rapide explique l’allusion à « la maison de Pérets » lors du mariage de Boaz (4:12). La liste du livre de Ruth commence par Pérets, et non par son père Juda, décédé avant l’Exode, qui marqua le début de la vie nationale des fils d’Israël. Hetsron était le premier-né de Pérets. Ram est parfois appelé Aram (Matthieu 1:3). Amminadab était le père d’Elishéba, qui devint l’épouse d’Aaron, frère de Moïse et premier grand sacrificateur héréditaire d’Israël (Exode 6:23). Nakhshon était le beau-frère d’Aaron (Exode 6:23) et prince ou chef de la tribu de Juda (Nombres 1:7 ; Nombres 2:3 ; 1 Chroniques 2:10). Salmon (Salma), fils de Nakhshon, épousa Rahab la prostituée et fut le père de Boaz (Matthieu 1:5). Salmon était probablement l’un des deux hommes que Josué envoya secrètement à Jéricho et dans ses environs, et qui logèrent chez Rahab (Josué 2). Obed a déjà été mentionné. Isaï de Bethléhem (1 Samuel 16:1, 18 ; 1 Samuel 17:58) eut huit fils (1 Samuel 16:10-11 ; 1 Samuel 17:12). Il est décrit comme « cet homme éphratien de Bethléhem de Juda » et « aux jours de Saül, était vieux, avancé en âge parmi les hommes » (1 Samuel 17:12). C’était un homme riche, mais son plus grand mérite au sein de la nation semble avoir été d’être le père de David, son plus jeune fils, qui monta sur le trône d’Israël, ayant été choisi par l’Éternel pour gouverner son peuple.

G - Aperçu typique du rétablissement final d’Israël

Le récit bref et simple du livre de Ruth recèle de nombreux enseignements précieux sur la vertu morale, indissociable de la crainte de Dieu dans le cœur, et ce, depuis toujours. Ces leçons enrichissantes, présentes à la surface du récit, offrent une nourriture spirituelle abondante et accessible à celui qui les étudie avec diligence.

Mais outre la valeur didactique de cette histoire, véritable leçon de piété pour tous les temps, on y trouve également des preuves de sa valeur prophétique : un bref aperçu d’une phase particulière de l’histoire nationale des fils d’Israël, peuple élu de l’Éternel, durant la période de leur futur rétablissement.

La liste des noms, de Pérets à David, à la fin du livre, suggère que ce récit recèle une signification plus profonde que le simple intérêt et l’enseignement d’un épisode familial. Cette période (Ruth 4:18-22) relate l’ascension de la nation, de la misère de l’esclavage en Égypte à la gloire et aux richesses de la renommée mondiale en Canaan, sous le règne de David. Le livre de Ruth ne fait aucune mention de la renommée universelle du royaume davidique ; on n’y trouve que son nom, et non son titre. En effet, dans les préfigurations divines des Écritures, ce sont souvent des principes qui sont annoncés, plutôt que l’image précise des événements à venir, dans le détail et l’ordre chronologique. Ainsi, bien qu’il ne semble pas y avoir de référence directe à l’établissement du royaume millénaire, puissant et glorieux, on y trouve des indices sur les caractéristiques morales de la nation au moment de sa rédemption finale et de sa pleine possession de son héritage, ce point culminant étant lié au nom de David dans de nombreuses prophéties célèbres.

Ces analogies historiques sont riches d’enseignements. À la lumière des Écritures prophétiques, les événements personnels relatés dans ce livre illustrent, à une échelle réduite, (1) le déclin spirituel et l’éloignement moral de la nation vis-à-vis de l’Éternel, et (2) son rétablissement final dans la faveur et la bénédiction divines grâce à l’intervention d’un Rédempteur (Goel). Ces grandes caractéristiques prophétiques, relatives principalement à l’apostasie et au relèvement final de la nation élue, se retrouvent dans les quatre des rares personnages nommément cités, à savoir Élimélec, Naomi, Ruth et Boaz.

Les quatre personnages principaux

Dans l’histoire familiale de cette famille de Bethléhem, quatre noms se distinguent particulièrement : (1) Élimélec ; (2) Naomi ; (3) Ruth ; (4) Boaz. Chacun d’eux était étroitement lié à l’héritage familial, menacé de confiscation jusqu’à son rachat par Boaz, le parent rédempteur (Goel). Les événements relatés concernant ces personnes présentent des similitudes frappantes avec certaines caractéristiques marquantes de l’histoire nationale prise dans son ensemble. Le peuple élu et son héritage ont traversé et traverseront des phases similaires de déclin et de renaissance jusqu’au jour où son Goel apparaîtra et où son héritage sera assuré à jamais par sa rédemption. Peu après leur installation en Terre promise sous Josué, Israël, par manque de foi, contrairement à son père Abraham, s’éloigna de la position privilégiée et du témoignage uniques que la grâce de l’Éternel lui avait conféré ; et, par conséquent, la nation perdit l’héritage qui, par la promesse, lui revenait pour toujours. Finalement, l’héritage des fils de Jacob sera rétabli, mais seulement lorsque le peuple d’Israël, fidèle à sa foi, retournera sur sa terre natale et retrouvera son Rédempteur, le Messie, qu’il avait jadis méprisé, rejeté et crucifié par culpabilité, mais qui, en tant que Serviteur exalté de l’Éternel, attend de lui faire grâce.

(1) Élimélec, en quittant Bethléhem-Juda pour chercher du pain au pays idolâtre de Moab, représente la nation d’Israël qui, depuis l’époque des Juges, a manifesté son « cœur mauvais et incrédule en se détournant du Dieu vivant » et en servant les faux dieux d’autres nations. Pour un avantage temporel, Élimélec, méprisant son droit d’aînesse, a abandonné l’héritage attribué par le sort à sa famille par Éléazar le sacrificateur et par Josué, chef des armées victorieuses de l’Éternel (Josué 19:51). En tournant ainsi le dos à la terre d’Israël, il abandonnait le culte de l’Éternel à son tabernacle de Silo. En somme, l’acte d’Élimélec était un reniement manifeste de sa confiance en la fidélité du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, alors que la famine et les épreuves s’abattaient sur son peuple.

Cet acte d’infidélité religieuse et de décadence de la part d’Élimélec et de sa famille symbolisait l’échec plus général et flagrant du peuple élu de l’Éternel à n’adorer et servir que lui et, quel qu’en soit le prix, à éviter tout contact avec les nations idolâtres qui les entouraient. Dès le début de leur histoire, les fils d’Israël ont ignoré les avertissements divins et se sont mêlés à maintes reprises aux autres peuples pour obtenir des avantages matériels. En temps de famine, ils ont oublié Celui qui, dans le désert aride, « les avait rassasiés du pain des cieux » (Psaume 105:40). Ils « méprisèrent le pays désirable » avant même d’y être parvenus (Psaume 106:24). Oubliant le « rocher spirituel qui les suivait » dans le désert (1 Corinthiens 10:4), leur incrédulité a irrité l’Éternel aux eaux de la discorde (Psaume 106:32). En effet, mille ans plus tard, l’accusation de l’Éternel contre la nation était la suivante : « Mon peuple… ils m’ont abandonné, moi, la source des eaux vives, pour se creuser des citernes, des citernes crevassées qui ne retiennent pas l’eau » (Jérémie 2:13). Quel profit Élimélec, infidèle, a-t-il tiré du pays de Moab ? Et l’Éternel a dit d’Israël apostat dans cette même prophétie : « Mon peuple a changé sa gloire contre ce qui n’est d’aucun profit. » (Jérémie 2:11).

(2) Naomi, par sa condition de veuve, sans enfant et pauvre, représente la nation d’Israël dans la série de désolations, d’afflictions et de maladies multiples qui l’ont frappée parce qu’elle a obstinément abandonné Dieu son Sauveur et désobéi à ses lois et statuts saints. Au pays de Moab, Naomi, la douce, est devenue, à ses propres yeux, Mara l’amère ; son « charbon s’est éteint » ; son nom de famille était « sur le point de disparaître ». Elle était privée de toute espérance terrestre.

Quelle ressemblance frappante entre la nation d’Israël, déracinée en terre étrangère, et la veuve Naomi, seule et isolée au pays de Moab ! La figure du veuvage, c’est-à-dire la perte de la protection divine et du soutien de Dieu, est utilisée par le Saint-Esprit dans les prophéties pour dépeindre la détresse religieuse et morale du peuple d’Israël, conséquence de son association publique avec les faux dieux des nations. Ainsi, par l’un des premiers prophètes, l’Éternel rompit tout lien avec son peuple à cause de son infidélité, déclarant : « Elle n’est pas ma femme, et je ne suis pas son mari » (Osée 2:2). Jérémie, décrivant la désolation de Jérusalem lorsque l’Éternel permit sa destruction par les Chaldéens, commence sa complainte en s’exclamant : « Comment est-elle assise solitaire, la ville si peuplée ! Celle qui était grande entre les nations est devenue comme veuve » (Lamentations 1:1).

La misère spirituelle qui pèsera sur la nation pendant « de nombreux jours » en raison de son infidélité à l’Éternel est clairement annoncée par Osée ; car il dit : « Les fils d’Israël resteront beaucoup de jours sans roi, et sans prince, et sans sacrifice, et sans statut, sans éphod ni théraphim » (Osée 3:4). De même, dans un langage prophétique, le peuple « veuf » est déclaré « délaissé » et sa terre « désolée » (Ésaïe 62:4). Mais la délivrance complète de la nation de cet état de Naomi viendra finalement, et l’ancienne promesse de rédemption s’accomplira : « Car celui qui t’a faite est ton mari ; son nom est l’Éternel des armées, et ton rédempteur, le Saint d’Israël… Car l’Éternel t’a appelée comme une femme délaissée et affligée d’esprit, et une épouse de la jeunesse [et] qu’on a méprisée, dit ton Dieu. » (Ésaïe 54:5-6 ; Ésaïe 49:14). Comme pour Naomi, il en sera de même pour la fille repentante de Sion : l’Éternel lui donnera la beauté au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, le vêtement de louange au lieu d’un esprit abattu (Ésaïe 61:3). Et les paroles prophétiques du psalmiste s’accompliront : « Il fait habiter la femme stérile dans une maison, joyeuse mère de fils. Louez Jah ! » (Psaume 113:9).

(3) Ruth, par sa condition de veuve, sans enfant et pauvre, représente, à l’instar de Naomi, l’état de détresse et d’abandon du peuple d’Israël, conséquence de son infidélité incorrigible. Mais malgré une ressemblance frappante quant à leur condition de veuves, un contraste évident existe entre les deux femmes. Contrairement à Naomi, Ruth était une Moabite étrangère, et non une Israélite de naissance comme sa belle-mère. C’est pourquoi beaucoup ont supposé, un peu hâtivement, que l’histoire remarquable de Ruth ne pouvait contenir d’allusion délibérée au peuple d’Israël. Comment peut-on s’attendre, se demande-t-on, à ce que la miséricorde divine envers une veuve non juive préfigure la miséricorde divine envers Israël, le peuple élu ?

La vérité est pourtant que cette difficulté même, liée à la nationalité étrangère de Ruth, nous offre la clé de la juste compréhension de la portée prophétique de cette histoire. Ruth ne représente pas Israël comme la nation distinguée et élevée au-dessus de toutes les autres par l’élection, l’appel et la rédemption de l’Éternel, mais Israël comme la nation déchue de cette position d’éminence par son apostasie religieuse et sociale, une dégradation devenue manifeste aux yeux du monde entier dès les captivités assyrienne et chaldéenne. À ce stade de son histoire nationale, Israël, par le châtiment divin, perdit sa primauté politique parmi les nations de la terre. Elle s’abaissa au niveau des nations païennes et est considérée comme telle sous le gouvernement actuel de Dieu sur le monde. En effet, la première nation parmi les peuples de la terre est devenue la dernière et la plus humble.

Ici, Ruth la païenne, plutôt que Naomi l’Israélite, représente plus justement le peuple élu. Dans leur condition dégradée, la ressemblance entre la jeune Moabite et la nation se dessine, et son parcours de Moab à Bethléhem, puis jusqu’à la maison de Boaz, esquisse de manière diffuse mais perceptible le redressement final d’Israël, arraché à son état quasi-païen actuel, et sa prise de possession définitive de l’héritage par l’intermédiaire de l’Éternel des armées, le Rédempteur (Goel) de son peuple.

Cette déchéance d’Israël, s’éloignant de l’Éternel par son iniquité persistante, puis perdant cette proximité sous le jugement de l’Éternel, est clairement indiquée dans les Écritures. L’intégration du peuple parmi la masse des païens est, par exemple, prédite par Osée dans un passage bien connu. En raison de leur rébellion incessante contre l’Éternel, il se désolidarisa d’eux et leur donna le nom de « Lo-Ammi », qui signifie : « vous n’êtes pas mon peuple, et je ne serai pas à vous » (Osée 1:9). De leur délivrance d’Égypte à leur captivité sous domination païenne, les fils d’Israël avaient été son peuple particulier, mais il ne les considérait plus comme tels. L’Éternel leur cacha son visage bienveillant et retira sa protection. Ils furent rejetés de nouveau dans la mer des nations d’où il les avait tirés.

Cette image d’Israël comme nation rejetée à la suite de la perte de sa relation religieuse avec l’Éternel est si pertinente que lorsque Dieu ordonna à un prophète ultérieur, Jérémie, de porter la coupe de sa colère à toutes les nations païennes, Juda figurait en tête de liste. En effet, par son infidélité et son péché, elle avait perdu la faveur spéciale de Dieu et, dans son juste gouvernement de la terre, elle fut traitée comme un peuple qui ne le connaissait pas (Jérémie 25:15-18). À l’époque de Daniel, le « temps des nations » avait commencé et des chefs païens régnaient à Jérusalem, là où la maison de David avait jadis régné.

Cet abandon judiciaire du peuple élu par son Dieu devint encore plus évident sur la terre après qu’ils eurent délibérément rejeté et crucifié leur Messie, refusant de le reconnaître comme le Serviteur et le Roi promis par l’Éternel sur la terre, et comme le Christ ressuscité et glorifié dans les cieux. Ainsi, les branches naturelles de l’olivier de la promesse furent coupées (Romains 11). Ils avaient frappé « le Juge d’Israël avec une verge sur la joue… c’est pourquoi », est-il écrit, « il les livrera » (Michée 5:1-3). Ce bannissement divin qui frappe la nation, amorcé dans l’Ancien Testament et confirmé dans le Nouveau, perdure. Le peuple terrestre de Dieu est toujours déshérité et erre encore parmi les païens, sans statut national ni politique sur terre, et sans culte reconnu au ciel [note du traducteur : ce texte a été écrit avant 1948].

Ruth en Moab représente donc cet état religieux et politique anormal dans lequel la nation d’Israël est tombée – situation qui perdurera jusqu’à ce que le reste repentant du peuple dispersé retourne avec foi sur sa terre natale et, animé de la même foi, s’engage à servir avec bienveillance son Rédempteur (Goel). De plus, Ruth à Bethléhem de Juda, plus encore que Naomi, représente en particulier le résidu pieux des Juifs, qui, en son temps, sera le premier à rechercher la présence de son Rédempteur (Goel) longtemps rejeté ; ils seront « achetés d’entre les hommes, des prémices à Dieu et l’Agneau » (voir Apoc. 14:1-5). Par ailleurs, Ruth correspond en grande partie au terme figuré Ruhamah (signifiant « ayant obtenu miséricorde »), employé par le prophète Osée pour désigner le résidu d’Israël restauré qui redeviendra le peuple de l’Éternel (Ammi) ; (cf. Osée 1:6-9 ; Osée 2:1, 23).

(4) Boaz, le parent rédempteur de Bethléhem, la ville de David, est sans aucun doute une figure emblématique du Seigneur Jésus-Christ, le Rédempteur (Goel) du peuple terrestre de l’Éternel, Israël. Dans l’Écriture, la rédemption comporte plusieurs aspects. Elle peut être, et est souvent, accomplie par le sang, mais le sacrifice n’est même pas mentionné dans le livre de Ruth. Elle peut aussi consister à anéantir l’ennemi qui tient autrui en esclavage, mais cet aspect n’est pas non plus présent dans le récit. Elle peut également être la délivrance obtenue par le paiement de la dette par le Goel, comme ce fut le cas ici. Boaz exerça son « droit de rachat » en acquérant l’héritage, et compléta sa générosité en épousant Ruth, la veuve païenne qui avait professé la foi d’Abraham.

La nation d’Israël fut rachetée d’Égypte à la fois par achat et par puissance (Exode 15:6, 13, 16). En tant que leur Goel, l’Éternel les a libérés de l’esclavage par son « bras étendu et par de grands jugements » (Exode 6:6). Et lorsque, des siècles plus tard, la nation fut emmenée en captivité, d’abord par l’Assyrie puis par la Chaldée, l’Éternel leur a adressé à maintes reprises des promesses de délivrance par la rédemption, se nommant lui-même « l’Éternel, ton Rédempteur (Goel) », et ajoutant d’autres titres tels que « le Saint d’Israël » (Ésaïe 41:14 ; 43:14 ; 44:6, 24 ; 47:4 ; 48:17 ; 49:7, 26 ; 54:5, 8 ; 60:16). Dans ces prophéties et d’autres encore, l’Éternel rappelle à son peuple terrestre qu’il possède seul le « droit de rédemption ». Au temps fixé, Il rachètera, par Son Serviteur exalté (Ésaïe 52:13-15), pour toujours la nation de son esclavage à la suprématie des païens, et la ramènera sur « la montagne » de Son héritage, où Il a établi Sa propre demeure et où Il l’a « plantée » au début (Exode 15:17).

Le récit rapporte que Boaz, le rédempteur, se souciait de l’héritage de Naomi pour deux raisons : (1) l’acquérir afin de le libérer de toute charge, et (2) épouser Ruth, la veuve, pour assurer sa pérennité dans la famille par une descendance légitime jusqu’à l’apogée du royaume davidique.

Par ces deux actions, Boaz préfigurait de manière ténue le Christ Jésus et son œuvre de rédemption en faveur du peuple d’Israël, par laquelle il (1) leur restituera le pays que l’Éternel leur a donné en héritage perpétuel (Deutéronome 4:21 ; Psaume 105:11), et (2) assurera une descendance d’héritiers permanents à ce royaume terrestre en accomplissant la promesse de l’Éternel : « Je ferai sortir de Jacob une semence, et de Juda un possesseur de mes montagnes » (Ésaïe 65:9 ; 54:1 ; 66:8). Alors le Seigneur Jésus lui-même « régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1:33). Et lorsqu’en tant que « Seigneur Dieu d’Israël », il aura « visité et sauvé son peuple » (Luc 1:68), il se manifestera alors sur toute la terre comme le véritable Boaz, le Rédempteur (Goel) d’Israël et de son héritage.

Il convient de noter une autre caractéristique du personnage de Boaz : il préfigure le Messie dans son exaltation plutôt que dans son humiliation. Dans les Écritures, les souffrances du Christ sont distinguées de la gloire qu’il a acquise, laquelle vient après les souffrances (Luc 24:26 ; 1 Pierre 1:11). Or, Boaz, le Goel puissant et riche, représente Christ, non pas dans ses souffrances par substitution, mais dans sa puissance en résurrection et sa gloire céleste, non pas dans sa mort, mais dans sa vie après la mort.

Dans la figure de Boaz, le Christ Jésus est le Rejeton, le Fils de l’homme, que l’Éternel a fortifié (Psaume 80:15, 17). Il est le Puissant sur lequel l’Éternel a placé son secours (Ps. 89:19). Le Rédempteur (Goel) d’Israël et de Juda est « fort ; l’Éternel des armées est son nom » (Jérémie 50:34). Il est le « Puissant de Jacob » (Ésaïe 49:26 ; Ésaïe 60:16). Et lorsque « l’année de ses rachetés sera venue », il apparaîtra « marchant dans la grandeur de sa force », « puissant pour sauver ». Il vaincra alors les ennemis de son peuple et il fera « couler leur force (leur sang) à terre » (Ésaïe 63:1, 4, 6). Ainsi, la rédemption de l’héritage terrestre d’Israël aura lieu lorsque, et pas avant, leur Goel aura détruit tous ses ennemis et soumis toutes choses à Lui-même.

Boaz, cependant, racheta l’héritage par achat, et non par puissance destructrice. Sa richesse lui permit de payer la somme exigée pour son recouvrement. Le prix payé n’est pas divulgué, mais son montant satisfaisait amplement à toutes les exigences légitimes du créancier. Et, comme le révèle le Nouveau Testament, c’est par la valeur et l’efficacité incommensurables de son sacrifice que Jésus-Christ « a obtenu une rédemption éternelle » (Hébreux 9:12).

Mais un autre aspect éloquent de cette transaction est son caractère définitif. Boaz acheva le rachat de l’héritage en épousant Ruth. Par cet acte aussi, Boaz est une figure du Rédempteur d’Israël (Goel) ; car dans les prophéties, le mariage apparaît comme une image du rétablissement final par l’Éternel de son peuple terrestre dans un état de joie et de prospérité perpétuelles. L’ « opprobre du veuvage » est ôté à la nation, et elle se réjouit comme une épouse auprès de l’Époux, alors connu sous le nom de « L’Éternel, le Rédempteur, le Saint d’Israël » (Ésaïe 54:4-5).

En comparant, par exemple, Ésaïe 53 avec Ésaïe 54, on constate que la future confession du résidu d’Israël de son terrible péché d’avoir rejeté son Messie est d’abord annoncée ; et que cette prophétie est immédiatement suivie (chapitre 54) par une autre annonçant la réception de la nation dans la faveur intime de l’Éternel. Pendant de longs siècles, Israël a langui dans le deuil de Naomi et Ruth, mais désormais, ce chagrin et ces privations doivent être échangés contre les joies du mariage avec l’Éternel, son Goel. « Tu oublieras la honte de ta jeunesse, et tu ne te souviendras plus de l’opprobre de ton veuvage. Car celui qui t’a faite est ton mari ; son nom est l’Éternel des armées, et ton rédempteur, le Saint d’Israël » (versets 4 et 5).

La béatitude de Sion au jour de sa future rédemption est dépeinte à travers la figure impressionnante du mariage dans une autre prophétie d’Ésaïe. Israël sera bientôt délivrée de son état d’abandon et de désolation. L’Éternel-Messie sera alors son Époux, et elle sera son épouse terrestre. Même la terre de son héritage sera unie à lui. L’Esprit du Christ dans le prophète dit : « On t’appellera d’un nom nouveau, que la bouche de l’Éternel désignera… On ne te dira plus la délaissée, et on n’appellera plus ta terre la désolée. Car on t’appellera : Mon plaisir en elle (Hephzibah), et ta terre : La mariée (beulah); car le plaisir de l’Éternel est en toi, et ton pays sera marié. … et de la joie que le fiancé a de sa fiancée, ton Dieu se réjouira de toi » (Ésaïe 62:2-5).

Par ces mots saisissants, Ésaïe dépeint le contraste entre la condition d’Israël abandonnée (Naomi) et les joies millénaires que le Rédempteur (Goel) partagera avec Sion et Jérusalem sur la terre d’Emmanuel (comme Boaz l’a fait avec Ruth à Bethléhem).

H - Ruth vase de la miséricorde divine

« Écoutez, mes frères bien-aimés : Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres quant au monde, riches en foi et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? » (Jacques 2:5).

Dans le chapitre précédent, nous avons montré que la brève histoire de Ruth illustre parfaitement la future restauration (rédemption) du peuple juif, dispersé et apostat parmi les nations, afin qu’il puisse partager les bénédictions et la gloire du royaume millénaire à venir, sous le règne de son Rédempteur (Goel).

Mais cette histoire a une portée à la fois individuelle et nationale, et nous pouvons utilement retracer comment la miséricorde souveraine de Dieu s’est manifestée en établissant et en élevant Ruth, l’étrangère moabite, à une place de choix au sein de la « congrégation d’Israël ». Son cas est un exemple frappant, dans l’Ancien Testament, de la miséricorde divine exercée en dehors des frontières d’Israël, cette nation que l’Éternel a choisie parmi toutes les autres pour être son peuple particulier. Les fruits féconds de sa bonté s’étendaient par-dessus les murs. Le fleuve de sa miséricorde débordait de ses rives. Dans cet exemple éloquent, l’Éternel a agi selon son droit pour manifester sa faveur où, quand et comment il le voulait, comme il l’a dit : « je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde » (Exode 33:19 ; Romains 9:15).

Selon sa souveraineté, l’Éternel a donc eu pitié de Ruth la Moabite, fille d’un peuple maudit, et l’a sauvée des illusions et des horreurs de l’idolâtrie afin qu’elle puisse se mêler légitimement et agréablement à ses adorateurs, lui, le seul Dieu vivant et vrai. C’est pourquoi, en ces temps obscurs d’apostasie où « les juges jugeaient » en Israël, Ruth se dresse comme un instrument rayonnant de la miséricorde infinie de Dieu, choisie par lui parmi les nations. La Moabite n’est pas sans rappeler un autre exemple remarquable, plus tardif, qui se décrivait comme le pire des pécheurs à qui la miséricorde fut accordée (1 Timothée 1:15-16), et dont le Seigneur dit : « un vase d’élection pour porter mon nom » (Actes 9:15). Ainsi, Ruth de Moab et Saul de Tarse étaient tous deux des « vases de miséricorde qu’il a préparés d’avance pour la gloire… » (Romains 9:23-24). En effet, nous tous qui croyons pouvons dire, reprenant les paroles de l’apôtre : « Il nous a sauvés selon sa propre miséricorde » (Tite 3:5).

Miséricorde et gloire

Dans le dessein de Dieu envers l’homme, sa miséricorde précède sa gloire. Ceux qu’il comble de sa miséricorde divine resplendiront un jour de sa gloire. La miséricorde soutient d’abord le voyageur faible et égaré à travers le désert d’un monde pécheur, puis le conduit vers la splendeur de la gloire auprès du Christ, dans la maison céleste du Père. Ainsi, devant le trône de la grâce, où nous recevons miséricorde au moment de notre besoin, nous pouvons toujours lever les yeux de la foi et exulter dans l’espérance certaine de la gloire de Dieu.

Souvent, dans les Écritures, l’acte divin de miséricorde suprême est teinté d’une promesse de gloire à venir, qui en est la suite assurée. C’est notamment le cas dans le livre de Ruth. L’histoire de la miséricorde divine envers la Moabite veuve s’achève sur le nom de David, dont la gloire du royaume allait bientôt jaillir du mont Sion, annonciatrice du royaume terrestre plus brillant du Fils et Seigneur de David, qui doit s’étendre jusqu’aux extrémités de la terre.

Miséricorde et grâce

Ces deux termes bibliques courants sont liés par leur signification, mais distincts dans leur usage et leur application. Dieu agit avec miséricorde envers les hommes, considérant leurs besoins et leurs faiblesses, leur misère et leurs souffrances découlant de leur présence dans un monde mauvais. Ému de compassion, le bon Samaritain fit preuve de miséricorde envers le Juif blessé et démuni (Luc 10:37). La grâce, quant à elle, est l’action de l’amour de Dieu envers les hommes méchants et rebelles, comme il est écrit : « là où le péché abondait, la grâce a surabondé, » (Romains 5:20). La miséricorde de Dieu est présente tout au long des Écritures, mais sa grâce est pleinement révélée dans le Nouveau Testament, car seul Jésus-Christ, « plein de grâce et de vérité » (Jean 1:14.17), pouvait la manifester. En lui, la grâce de Dieu est apparue, apportant le salut à tous les hommes (Tite 2:11).

La grâce est donc pour les coupables, et la miséricorde pour les misérables. Cette distinction s’exprime aussi ainsi : « La grâce est cette énergie et ce flot de bonté divine qui s’élève au-dessus du mal et de la ruine des hommes, et qui aime malgré tout » ; tandis que la miséricorde est « la compassion de Dieu vis-à-vis de la faiblesse, du besoin ou du danger de chaque individu ».

Ces deux mots, grâce et miséricorde, sont magnifiquement associés et distingués dans une description inspirée de ce que notre Sauveur Dieu a fait pour les croyants chrétiens. L’apôtre Paul écrit : « Car nous étions, nous aussi, autrefois, insensés, désobéissants, égarés…Mais, quand la bonté de notre Dieu sauveur et son amour envers les hommes sont apparus, Il nous sauva… selon sa propre miséricorde ...afin que, ayant été justifiés par sa grâce, nous devenions héritiers selon l’espérance de la vie éternelle. » (Tite 3:3-7).

Le besoin de miséricorde de Ruth

Pour quelle raison particulière Ruth avait-elle besoin de la miséricorde de Dieu ? Sa conduite personnelle semble avoir été irréprochable. Il n’est nulle part dit qu’elle se soit rendue coupable d’immoralité manifeste, contrairement à tant d’autres femmes de son pays à l’époque de Balak et de Balaam (Nombres 25:1-5). Et puisque l’Écriture ne relève aucune tache sur sa conduite féminine, nous pouvons supposer qu’il n’y en avait aucune, car l’Esprit de Dieu ne dissimule ni n’excuse les péchés flagrants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, de Moïse, de David et de Salomon, ni d’autres figures de la foi. De plus, il convient de noter que Ruth est l’une des quatre femmes figurant dans la généalogie masculine reliant Abraham à Jésus-Christ (Matthieu 1:3,5,6). Ses trois compagnes, Tamar, Rahab et la femme d’Urie (Bathsheba), étaient toutes des femmes de mauvaise réputation. Pourtant, toutes quatre sont mentionnées sans commentaire dans la lignée du Messie, resplendissant comme des étoiles de gloire dans le firmament de la miséricorde de l’Éternel. Parmi ces quatre femmes, Ruth, par son histoire irréprochable, offre un contraste saisissant.

Ruth était-elle donc sans défaut aux yeux de Dieu ? Était-elle si pure pour mériter la faveur divine et devenir l’épouse choisie d’un pieux prince de Juda ? Hélas non : car « tous ont péché », qu’ils soient « sous la loi » comme les Israélites, ou « sans loi » comme les Moabites et tous les autres païens. Toute l’humanité avait un même besoin de la miséricorde divine.

Ruth, en particulier, était disqualifiée par la loi de l’Éternel, car elle était frappée par l’interdiction qui pesait spécifiquement sur tout son peuple. Elle appartenait à la lignée de Lot et portait le stigmate de l’origine incestueuse de cette race. Sa naissance l’excluait du culte de l’Éternel à Silo. Son mariage avec Makhlon, le second fils d’Élimélec, ne leva ni n’atténua cette disqualification, car, selon l’ordonnance de Moïse, ce mariage était illégal. Les instructions la concernant devaient être valables « à jamais » (Deutéronome 23:3-6). Ruth était donc, de par sa naissance, définitivement exclue de « la congrégation de l’Éternel », du cercle de sa bénédiction terrestre particulière.

Ainsi, la Moabite était sous la condamnation de la loi de l’Éternel. Néanmoins, bien qu’il ne pût la recevoir selon sa propre loi, il l’accepta selon sa miséricorde; et selon la richesse de sa gloire à venir par le Christ Jésus, il lui a également donné une place honorable dans la généalogie royale du Fils de Dieu qui, quant à la chair, est venu au temps fixé de la descendance de son arrière-petit-fils, David (Romains 1:2-4).

Ruth s’attachant à Naomi (Ruth 1)

Ayant constaté comment la miséricorde de l’Éternel a comblé cette femme choisie, il est intéressant et instructif d’examiner les caractéristiques de cette femme. Quelles qualités spirituelles se manifestent dans la conduite de Ruth ? Partout où l’Esprit de Dieu façonne une âme pour recevoir son don, on peut discerner la trace de son œuvre. Et certains aspects de ce dessein céleste apparaissent clairement dans les paroles et les actes de Ruth. Prenons le premier chapitre. Sa foi en Dieu n’y est-elle pas clairement révélée ?

Par sa décision franche et sans compromis d’accompagner Naomi (Ruth 1:16-17), Ruth a montré ce qui agissait au plus profond de son cœur. Elle croyait que l’Éternel était Dieu en Israël et, de sa bouche, elle a confessé ouvertement que le Dieu de Naomi était son Dieu, accomplissant ainsi les deux conditions de la justice par la foi dont Paul parle en Romains 10:9-10.

L’immense dévouement de Ruth envers Naomi ne provenait pas seulement du fait qu’elle était la mère de Makhlon, son défunt époux, mais qu’elle représentait ce peuple racheté d’Égypte par l’Éternel et établi par Lui au pays de Canaan. Aussi, déclara-t-elle avec force que désormais, ni dans sa vie ni dans sa mort, elle ne serait séparée de Naomi et du Dieu de Naomi. « Où tu iras, j’irai… où tu mourras, je mourrai, et là je serai enterrée », dit la jeune veuve.

Par cet abandon de sa famille et de sa nation, Ruth manifesta la foi qui habitait son cœur. Elle démontra l’authenticité de sa foi par ses actes, comme tout croyant est appelé à le faire (Jacques 2:17-18). Son choix de suivre la route inconnue vers Bethléhem, contre l’avis de Naomi, prouva que sa foi était semblable à celle, inébranlable, d’Abraham, « le père de tous ceux qui croient », qui, à l’appel de Dieu, « partit sans savoir où il allait » (Romains 4:11 ; Hébreux 11:8). Heureusement pour Ruth, elle fixa son regard sur « ce qu’elle n’avait pas encore vu » dans la terre d’Israël, la demeure de l’Éternel. Autrement, ce qu’elle avait vu aurait pu dissuader une femme réfléchie comme elle de renoncer à son peuple et à sa religion. Des doutes et des difficultés auraient facilement pu surgir et l’entraver. Comment Canaan pouvait-elle être appelée la terre de l’Éternel alors que tant d’habitants autochtones y vivaient encore (Juges 1) ? Les Israélites n’avaient-ils pas abandonné l’Éternel pour servir les dieux des Cananéens (Juges 2:11-13) ? Églon, roi de son pays de Moab, n’avait-il pas régné sur les fils d’Israël pendant dix-huit ans récemment (Juges 3:14) ? Et la femme même qu’elle s’apprêtait à suivre à Bethléhem n’avait-elle pas fui cette soi-disant « maison du pain », ne croyant pas que l’Éternel puisse ou veuille nourrir sa famille en temps de famine ?

C’étaient des faits incontestables, et comme chacun sait, « les faits sont têtus ». Mais Ruth ne se laissa pas détourner par « les choses visibles ». À l’instar de Moïse qui, par la foi, quitta l’Égypte, « voyant celui qui est invisible » (Hébreux 11:27), Ruth, par la foi, quitta Moab, disant à Naomi : « Ton Dieu sera mon Dieu. » Elle agissait dans le même esprit de foi que les disciples du Seigneur, dont Pierre dit à son Maître : « Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi » (Luc 18:28). Dans une confiance absolue, ils s’attachaient au Seigneur Jésus. Ce renoncement à soi-même est une caractéristique familiale fréquente chez les enfants de la foi. Et la jeune Moabite s’attachait à Naomi, comme nous le lisons : « Orpa embrassa sa belle-mère, mais Ruth s’attacha à elle » (1:14).

Ruth glanant pour se nourrir (Ruth 2)

Lorsque Ruth s’installa à Bethléhem avec Naomi, sa première occupation fut de glaner dans les champs pour subvenir à leurs besoins quotidiens. Comme c’était la coutume dans cette région, les épis qu’elle ramassait lui appartenaient. C’est en travaillant à cette tâche que Ruth fit la connaissance de Boaz, qui lui offrit généreusement du pain. De lui, elle reçut également des faveurs exceptionnelles, bien qu’elle n’apparût en sa présence que comme « la jeune Moabite qui est revenue avec Naomi des champs de Moab » (verset 6). Il y avait une grande disparité entre le maître et la jeune fille. Boaz était « un homme puissant et riche » d’Israël ; Ruth n’était qu’une pauvre veuve d’une race interdite. Mais bien qu’elle n’eût aucun droit légitime, elle fut libre dans les champs du riche, où elle glana « du pain en abondance » pendant de nombreux jours. Sa subsistance quotidienne était ainsi assurée par la bonté du prospère Boaz.

Dans cette généreuse provision de nourriture nécessaire à Ruth, nous pouvons discerner une analogie avec l’abondante nourriture spirituelle offerte au croyant, dont le Nouveau Testament donne une assurance si claire. Christ est le Pain de vie pour tous ceux qui viennent à lui avec foi, comme il l’a dit lui-même : « Je suis le Pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jean 6:35).

Ainsi, Christ est le soutien constant de cette vie spirituelle nouvelle qu’il accorde à tous ceux qui croient en lui. Croire en Christ, c’est « entendre sa voix », et le Fils de Dieu vivifie ceux qui l’entendent (Jean 5:25). Cette vie a besoin d’être nourrie spirituellement. Christ est le Pain de cette vie. Pour maintenir sa vie spirituelle, il est nécessaire de s’approprier sans cesse, par la foi, qui est Christ et ce qu’il a accompli. Jour après jour, cette portion de manne doit être recueillie avec diligence. Chaque jour, le grain mûr et récolté doit être glané personnellement. Cette collecte est le travail quotidien du croyant. Le Seigneur a dit : « Travaillez sans relâche (ceci est sous-entendu par la forme du verbe grec)… mais pour la viande qui demeure jusque dans la vie éternelle, laquelle le fils de l’homme vous donnera » (Jean 6:27). Rechercher cette nourriture spirituelle devrait être l’activité première et habituelle de tout croyant. Que chacun imite Ruth et, comme elle le dit, « j’irai aux champs, et je glanerai parmi les épis, à la suite de celui aux yeux duquel je trouverai grâce » (2:2).

Ruth aux pieds de son Rédempteur (Ruth 3)

Outre la nourriture, la principale préoccupation de Ruth était d’obtenir une place permanente parmi le peuple racheté de l’Éternel. Et concernant sa rédemption, la veuve moabite s’en remit sans réserve à la miséricorde de Boaz. Elle lui adressa peu de mots. Elle avait une confiance absolue dans le fait que sa bonté, sa sagesse, sa force et son intérêt se manifesteraient en sa faveur. Elle dit : « Je suis Ruth… tu as le droit de rachat (Goel) » (verset 9). Son seul désir exprimé était d’être immédiatement « sous son aile ». Quant à son avenir, elle se contentait de dépendre entièrement de sa miséricorde. Elle crut et ne fut pas déçue, car aussitôt Boaz lui adressa des paroles d’encouragement, d’assurance et d’espoir : « Tout ce que tu diras, je le ferai », furent les paroles réconfortantes de son rédempteur. Aux pieds de Boaz, elle apprit pour la première fois la leçon d’une confiance absolue en lui, quelle que soit la bénédiction que sa rédemption lui apporterait.

Cet épisode est riche d’enseignements d’une grande valeur spirituelle pour les croyants de tous les temps. Nous n’en soulignerons qu’un seul ici. L’humilité de Ruth devant son Sauveur est un exemple pour nous tous. Ce sont les humbles qui apprennent la volonté et les voies du Seigneur, ce qu’il a déjà accompli et ce qu’il accomplira. Dans le domaine de la rédemption spirituelle, l’humilité est le prélude à l’exaltation. Le Christ, « en qui nous avons la rédemption » et « en qui nous avons aussi reçu un héritage », s’est abaissé lui-même. Il dit à ses disciples : « Quiconque donc s’abaissera comme ce petit enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des cieux » ; et il ajouta : « quiconque s’abaissera sera élevé » (Matthieu 18:4 ; Matthieu 23:12). Il est clair que l’humilité devant le Seigneur est d’une grande valeur à ses yeux. Jacques écrivit : « Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera » (Jacques 4:10). Aux doux et humbles de cœur, il communiquera par son Esprit les merveilles de leur rédemption et les gloires de leur héritage.

La part de Ruth dans la moisson de la rédemption (Ruth 4)

Dans sa miséricorde et sa bonté, Boaz prit en charge le cas de Ruth et se porta garant de sa délivrance. Tous les bienfaits qu’elle reçut finalement furent le fruit de sa générosité. Elle était impuissante face à cette situation. Le rachat de l’héritage était l’œuvre exclusive du Goel. Ruth n’est donc plus vue glanant les quelques miettes qui lui étaient offertes, mais récoltant les abondantes gerbes de la miséricorde divine. Elle n’est plus une étrangère indigente dans le plus beau des pays, mais une participante à la richesse et à la dignité de Boaz, son parent rédempteur, qui, grâce à l’héritage, l’avait acquise pour en faire son épouse et une partenaire de son pouvoir princier à Bethléhem.

Ainsi, par la miséricorde du Seigneur, Ruth reçut finalement une double bénédiction à Bethléhem. Tout d’abord, (1) Ruth fut rachetée et épousée par Boaz, qui avait déclaré : « Je me suis acquis pour femme Ruth, la Moabite, la femme de Makhlon, pour relever le nom du défunt sur son héritage » (verset 10). De plus, (2) Ruth, épouse de Boaz, partagea la totalité de l’héritage qu’il avait acquis par rachat, comme il le dit : « J’ai acheté de la main de Naomi tout ce qui était à Élimélec, et tout ce qui était à Kilion et à Makhlon » (verset 9). Ainsi, Ruth (1) partagea immédiatement avec Boaz la possession de l’héritage de Bethléhem, et (2) fut par la suite mentionnée avec lui dans la généalogie de David et de Jésus-Christ, Roi et Rédempteur d’Israël (Matthieu 1:5).

Par ce double partage des fruits de la rédemption, Ruth illustre, dans une certaine mesure, les bénédictions de la rédemption annoncées dans le Nouveau Testament aux croyants chrétiens. En Jésus-Christ, les types et les ombres s’accomplissent, et en lui des gloires encore plus grandes sont révélées par le Saint-Esprit.

La Rédemption dans le christ Jésus

Dans l’Ancien Testament, la rédemption est associée à la délivrance terrestre, tandis que dans le Nouveau Testament, grâce à l’expiation de Christ et à cause de son rejet par le peuple juif, la rédemption apparaît comme céleste et éternelle.

Le livre de l’Exode offre une image particulière de la rédemption en décrivant la délivrance des fils d’Israël de l’esclavage du Pharaon en Égypte. Cette délivrance se déroula en deux étapes : (1) par le sang de l’agneau pascal, le peuple fut protégé par l’Éternel au moment de son jugement sur le pays ; (2) par la puissance de sa droite à la mer Rouge, ils furent délivrés de leurs oppresseurs. Dès que leurs ennemis furent anéantis, leur délivrance fut complète. Moïse chanta alors ce cantique à l’Éternel : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté » (Exode 15:13).

Au sens figuré, l’agneau immolé symbolise Christ sacrifié pour nous (1 Corinthiens 5:7), dont le sang nous a protégés de la condamnation de nos péchés et nous a assuré le pardon. De même, le passage de la mer Rouge symbolise la perfection du salut de Dieu en Jésus-Christ. Par Sa mort et Sa résurrection, le croyant est pleinement délivré de tout ce qui s’opposait à lui ; le diable et sa puissance sont à jamais anéantis (Hébreux 2:14-15). Ainsi, la rédemption du croyant repose sur le large fondement de la mort et de la résurrection de Christ – son sang et sa puissance.

Dans le Nouveau Testament, bien que Christ n’y soit pas nommément désigné comme le Rédempteur, notre rédemption est indissociable de Christ lui-même et du sacrifice unique qu’il a offert pour nos péchés (Hébreux 9:26 ; Hébreux 10:12). Christ « avec son propre sang, est entré une fois pour toutes dans les lieux saints, ayant obtenu une rédemption éternelle » (Hébreux 9:12). Assis là, Christ incarne en lui-même la rédemption dans toute son ampleur et dans ses moindres détails. Notre rédemption nous est acquise par un contact personnel par foi en Jésus-Christ, qui « nous a été fait … rédemption » (1 Corinthiens 1:30). Nous sommes tous « justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le christ Jésus » (Romains 3:24). Cette bénédiction inclut le pardon de nos péchés, car en lui « nous avons la rédemption par son sang, la rémission des fautes selon les richesses de sa grâce » (Éphésiens 1:7 ; Colossiens 1:14). De plus, il nous a rachetés pour lui-même, car « notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ […] s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachète de toute iniquité et qu’il purifie pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes œuvres » (Tite 2:13-14).

Nous apprenons également que la rédemption dans le christ Jésus est selon la préconnaissance de Dieu, manifestée aujourd’hui en lui. Pierre écrit : « vous avez été rachetés… mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté à la fin des temps pour vous, » (1 Pierre 1:18-21). Mais, bien que nous soyons rachetés par le sang, la rédemption par la puissance de Christ doit encore être pleinement accomplie en nous. Par « l’opération de ce pouvoir qu’il a de s’assujettir même toutes choses. », le Seigneur Jésus-Christ, Sauveur, transformera, lors de son retour, nos corps d’abaissement en la conformité du corps de sa gloire (Philippiens 3:20-21). Le Saint-Esprit qui habite en nous est le sceau que Dieu donne aux croyants pour ce « jour de la rédemption » (Éphésiens 4:30). Le Saint-Esprit est aussi « les arrhes de notre héritage, pour la rédemption de la possession acquise » (Éphésiens 1:14). Ce fruit particulier de la rédemption est à venir, et nous attendons maintenant « l’adoption, la délivrance de notre corps. » (Romains 8:23).

L’adoption (la position de fils) est un autre fruit de la rédemption dans le christ Jésus (Galates 4:5). Nous sommes devenus enfants de Dieu par la nouvelle naissance, mais fils de Dieu par divine grâce. Être fils de Dieu implique dignité et héritage. Nous ne sommes pas des esclaves, mais des fils et des héritiers de Dieu par Christ (Romains 8:15 ; Galates 4:6). Par sa grâce, Dieu nous a « prédestinés pour nous adopter pour lui par Jésus Christ » (Éphésiens 1:5). Nous avons déjà reçu l’Esprit d’adoption (Romains 8:15). Cette position de fils dont nous prenons conscience lorsque nous crions « Abba, Père ! » sera publiquement reconnue par Dieu lorsque ses nombreux fils seront amenés à la gloire (Hébreux 2:10). À ce moment de la manifestation des fils de Dieu, l’univers entier sera introduit dans la liberté glorieuse des enfants de Dieu (Romains 8:21), et nous aurons alors part au lot des saints dans la lumière, ce pour quoi nous sommes déjà dignes (Colossiens 1:12).

Telles sont quelques-unes des merveilles de la rédemption par le sang et la puissance de Jésus-Christ, révélées dans le Nouveau Testament pour l’éclairage, l’édification et la consolation des croyants d’aujourd’hui, que Dieu a faits « objets de miséricorde » (Romains 11:31). Nous pouvons nous exclamer avec l’apôtre : « Ô profondeur des richesses, et de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies introuvables ! » (Romains 11:33).

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